Les critiques de Bifrost

La Faune de l'espace

La Faune de l'espace

Alfred Elton VAN VOGT
J'AI LU
310pp - 7,30 €

Bifrost n° 98

Critique parue en mai 2020 dans Bifrost n° 98

Première nouvelle de SF publiée de van Vogt, « Black Destroyer » fit la couverture du numéro daté juillet 1939 d’Astounding. Contenant aussi la nouvelle « On n’arrête pas le progrès » d’Isaac Asimov, ce numéro est considéré par d’aucuns comme l’acte de naissance de l’Âge d’or de la science-fiction aux USA. Si John W. Campbell est l’architecte de cette période, van Vogt en est l’un des principaux artisans.

« Black Destroyer » est le premier texte d’une série de quatre nouvelles publiées entre juillet 1939 et mai 1950, avec « Discord in Scarlet », « M33 in Andromeda » et « War of Nerves ». Ces textes seront remaniés par l’auteur par souci de cohérence et regroupés dans The Voyage of the Space Beagle en 1950. La traduction française du titre, La Faune de l’espace, ainsi que le nom du vaisseau spatial (Space Beagle qui devient le Fureteur), effacent la référence au HMS Beagle, le navire de la Royal Navy à bord duquel le naturaliste anglais Charles Darwin effectua le voyage d’exploration scientifique, entre 1831 et 1836, qui lui permit de développer sa célèbre théorie sur l’évolution des espèces. Même si les écrits de van Vogt furent populaires en France, les traductions de ses textes s’accompagnent souvent d’une perte de sens. Dans le cas présent, la référence au voyage de Darwin est une clef de lecture du texte.

Le Fureteur est chargé d’une mission d’exploration interstellaire de cinq ans à la rencontre de mondes et de formes de vie inconnues. À bord de cette grosse sphère métallique, près de mille personnes, scientifiques de différentes spécialités et militaires, constituent un équipage entièrement humain et masculin. Le personnage principal, Elliott Grosvenor, cherche à développer et imposer une nouvelle discipline cognitive : le nexialisme, une approche unificatrice et encyclopédique des connaissances qui vise à l’intégration des sciences sociales et naturelles. Persuadé que l’avenir de l’humanité en dépend, il met tout en œuvre pour prouver que le nexialisme est à même de résoudre les problèmes aussi bien d’ordre humain, comme les conflits politiques et sociaux qui ne manquent pas d’apparaître à bord du vaisseau, que relatifs aux découvertes faites lors de l’exploration de l’univers. Le roman se divise en quatre parties qui reprennent les nouvelles d’origine et correspondent chacune à la rencontre d’une forme de vie extraterrestre et à ses conséquences. La première est le Zorg, une sorte de gros chat intelligent trouvé sur une planète désolée, qui réussit à s’introduire à bord du vaisseau et dévorer quelques-uns de ses occupants. Ensuite les Rims, une espèce aviaire qui utilise une forme de télépathie pour entrer en communication avec les humains… ce qui aura un effet hypnotique désastreux sur l’équipage. La troisième espèce est l’Ixtl, une créature sanguinaire qui recherche des hôtes vivants pour y pondre ses œufs. Enfin vient Anabis, être gazeux en perpétuelle expansion à la recherche de sources d’énergie pour satisfaire son inextinguible faim. À chaque fois, le nexialisme fournira un angle d’analyse original et Elliott Grosvenor sauvera la situation. Le nexialisme constitue l’idée forte, pour reprendre le terme de Campbell, au centre du texte ; c’est aussi la faiblesse du livre. Si van Vogt montre un certain talent à imaginer les différentes formes de vie qui constituent la faune de l’espace, il peine à convaincre sur cette science qu’il associe à un progrès humain. On n’y croit jamais et le nexialisme a tout d’une pensée magique. Encouragé dans cette voie par un Campbell qui commençait à se passionner pour les pseudosciences, il entreprendra un projet similaire dans le « cycle du non-A » avec la Sémantique Générale.

L’influence que La Faune de l’espace aura sur la science-fiction n’en est pas moins véritable. Les Trekkies auront reconnu dans la mission du Fureteur l’inspiration pour l’Enterprise dans la première série Star Trek, et l’Ixtl a inspiré le film Alien (1979). La Faune de l’espace est donc un classique de l’Âge d’or de la SF. Quant à savoir s’il s’agit d’une lecture indispensable en 2020…

FEYD RAUTHA

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