Les critiques de Bifrost

Seul sur Mars

Seul sur Mars

Andy WEIR
BRAGELONNE
408pp - 20,00 €

Bifrost n° 77

Critique parue en janvier 2015 dans Bifrost n° 77

Dans un futur relativement proche, la NASA a lancé sa troisième mission habitée sur Mars. Une mission qui pourrait presque sembler routinière, jusqu’à ce qu’un événement imprévu oblige l’équipe à plier bagage en catastrophe en laissant derrière elle le corps de l’un de ses membres. Sauf que l’homme en question, Mark Watney, n’est pas mort. Pour l’instant. Désormais seul sur un monde désert, il va devoir trouver le moyen de survivre pendant quatre ans, jusqu’à l’arrivée du prochain vaisseau.

Dès les premières pages, Andy Weir nous plonge au cœur de l’action et dans le quotidien de son Robinson de l’espace, un quotidien composé d’une succession de casse-tête techniques qu’il lui faudra résoudre pour espérer s’en tirer. En premier lieu se pose le problème de la nourriture et de la meilleure méthode à adopter pour faire pousser des pommes de terre sur Mars. Le ton est donné et la solution aussi astucieuse que crédible — en tous cas pour un lecteur qui ne s’y connaît guère plus en conditions de vie martiennes qu’en culture de la patate ; il serait intéressant d’avoir l’avis éclairé d’un Roland Lehoucq sur un tel roman.

Cet épisode n’est que le premier d’une longue série d’épreuves que devra relever Mark Watney. Leur enchaînement peut sembler un peu trop mécanique à la longue, mais c’est un écueil difficilement évitable dans un tel récit. Heureusement, Andy Weir prend soin de varier les situations et les dangers, tout ne se passe pas forcément comme prévu, une mauvaise manipulation peut à tout moment tourner au désastre, et le pire n’est jamais très loin.

Mais si Seul sur Mars est un roman qui fonctionne aussi bien, c’est aussi, et peut-être surtout, parce que Mark Watley est un personnage auquel on s’attache très vite. Une grande partie du récit se présente sous la forme d’un journal de bord qu’il écrit à l’intention de ceux qui, c’est le cas le plus probable, retrouveront un jour son corps. Malgré le tragique de sa situation, il ne se laisse jamais aller à des effusions larmoyantes. Au contraire, il passe son temps à se tourner en dérision et à s’amuser des situations auxquelles il est confronté. Toutefois, le lecteur attentif saura percevoir de temps à autre, sous la façade goguenarde qu’il affiche, la sourde angoisse qui l’habite en permanence. « Je ne baisse pas les bras ; je me prépare à toute éventualité. Je fais cela depuis le début », écrit-il à l’un de ses anciens coéquipiers en évoquant la probabilité qu’il ne sorte pas vivant de cette aventure. Au-delà des prouesses techniques et des trésors d’ingéniosité dont fait montre son héros, Andy Weir ne perd jamais de vue l’essentiel : l’humain au cœur de cette histoire. Dans son genre, Seul sur Mars est parfait.

Philippe BOULIER

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