Les critiques de Bifrost

Les Chevaux célestes

Les Chevaux célestes

Guy Gavriel KAY
L'ATALANTE
656pp - 27,00 €

Bifrost n° 76

Critique parue en octobre 2014 dans Bifrost n° 76

« On donnait à un homme un coursier de Sardie pour le récompenser immensément. On lui en donnait quatre ou cinq pour l’élever au-dessus de ses pairs, lui faire tutoyer l’échelon supérieur et lui gagner la jalousie, parfois mortelle, de ceux qui montaient les chevaux des steppes. »

Suite au décès du général Shen Gao, son fils cadet, Shen Tai, décide d’honorer sa mémoire et celle de ses hommes en passant les deux ans et demi de son deuil à enterrer les ossements des défunts au Kuala Nor. Au terme de cette période, en remerciement pour avoir offert une sépulture à ceux qui ont donné leur vie, Shen Tai reçoit un cadeau exceptionnel de la part du souverain de l’Empire du Tagur : deux cent cinquante coursiers de Sardie. Mais est-ce vraiment un présent ?

Lire un roman de Guy Gavriel Kay, un des maîtres de la fantasy historique, c’est toujours une expérience, à la frontière du roman et du livre d’histoire. Le talent de conteur ne fait aucun doute ; l’auteur évoque la Chine antique de manière brillante et tout y passe : la société, le commerce, l’art, la poésie, la religion, la guerre, l’étiquette et, bien sûr, la politique. On peut déplorer cette accumulation, proche parfois du catalogue historique, mais aussi s’extasier devant pareille évocation du contexte très spécifique de cette Chine antique. Sauf que ce kaléidoscope d’éléments a un prix, celui de la lenteur. Difficile ici de s’empêcher de regretter que l’intrigue et les fils du récit ne se déroulent plus rapidement, même si ce tempo, alternant le contemplatif, le mélancolique, et des passages plus dynamiques, participe de l’ambiance et évoque volontiers certains films asiatiques comme La Cité Interdite. Une autre réussite majeure du roman provient des personnages. Les héros et les seconds couteaux, très variés, sont à la hauteur de la figure centrale du roman : la Kitaï (c’est-à-dire la Chine). Sans oublier l’importance des héroïnes… Loin de jouer les faire-valoir, elles se montrent toutes aussi intéressantes et intrigantes que les hommes, voire davantage pour certaines.

Une impression globale malgré tout ternie par la fin du roman. En annonçant trop rapidement le vainqueur de la rébellion, l’auteur affadit la chute de son récit, dont on se détache page à page, moins impliqué qu’auparavant.

Les Chevaux célestes n’est pas le meilleur livre de Kay ; il ne tutoie pas les sommets du genre, contrairement aux Lions d’Al-Rassan ou Tigane. Mais le contrat n’en est pas moins rempli et l’immersion totale dans cette Kitaï exotique plus vraie que nature. A noter que ce roman a été précédemment publié chez l’éditeur québécois Alire, dans une traduction signée Elisabeth Vonarburg et avec un titre différent : Sous le ciel.

Manuel BEER

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