Les critiques de Bifrost

Le Temps du twist

Le Temps du twist

Joël HOUSSIN
FOLIO
304pp - 6,30 €

Bifrost n° 69

Critique parue en janvier 2013 dans Bifrost n° 69

Il y a toujours eu un côté punk chez Houssin, même s’il est lui-même un enfant du rock. Mais le côté déglingué des romans, à la limite suicidaire, louche davantage du côté d’un no future qui n’a plus rien à perdre qu’il n’est l’expression d’une révolte engagée. La plupart de ses romans se déroulent dans un décor post-cataclysmique, à la violence désabusée, le tout raconté avec nervosité, accumulant les scènes d’anthologie et les images choc.

Le familier de Joël Houssin n’est donc pas dépaysé ici, même si, cette fois, le futur glauque nécessite de voyager dans le temps. Au moins, l’alcoolisme suicidaire des adolescents est-il justifié par la nécessité de se prémunir de rétrovirus transformant les gens en zombis Zapf amateurs de chair humaine. Pour ses seize ans, Antonin n’a qu’une obsession : être enfin dépucelé, peu importe par qui, avant de se suicider. Mais le cadeau de son ami loup-garou Orlando change la donne : la Buick Electra, par la magie de l’informatique de contrebande et de la musique de Led Zeppelin, expédie la bande d’amis aux dates des concerts du groupe.

Las ! le passé n’a pas non plus de futur dans la mesure où celui du rock est furieusement compromis : en 1969, Jimmy Page s’est mis à la peinture et a remisé sa guitare. Led Zeppelin n’existe pas, les hippies ont connu une dangereuse dérive mystique en devenant les sanguinaires adeptes de la dangereuse Nouvelle Eglise, une secte in-fluente qui vaut bien les ZZ du futur.

A partir de là, le roman devient une virée à cent à l’heure où la tentative de restauration du passé est l’occasion de revisiter l’œuvre survoltée des Led Zep’, ainsi que la foisonnante période du rock londonien des seventies, des Beatles aux Rollings Stones, des Who à T-Rex, avec des clins d’œil aux américains de la même mouvance, comme les Doors ou MC5. Ici, le rock ne sauve pas, mais il est nécessaire de sauver le rock pour échapper au néant.

L’ensemble, très cyberpunk, est un délire parfaitement assumé, au final paroxystique comme il se doit. Un roman récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire en 1992, et de l’imagination, il en faut pour assurer jusqu’au bout ce numéro d’équilibriste sur le fil de l’absurde sans jamais tomber dans le n’importe quoi.

Lire aussi la critique de Claude Ecken dans le Bifrost 23…

… et la critique de J.-F. Lyon dans le Bifrost 4.

Claude ECKEN

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