Les critiques de Bifrost

Jamais avant le coucher du soleil

Jamais avant le coucher du soleil

Johanna SINISALO
ACTES SUD
317pp - 8,70 €

Bifrost n° 39

Critique parue en juillet 2005 dans Bifrost n° 39

Ange, photographe de pub homosexuel et esseulé, intervient un soir dans une bagarre de rue, sauvant ainsi, à sa grande surprise… un jeune troll. Après avoir ramené la créature sauvage dans son appartement, il décide de la garder, commence à la soigner, cherche divers moyens pour la nourrir, puis finit par en tomber amoureux, alors que, par ailleurs, son cœur — ou plutôt son cul, pour être plus précis — balance entre Martes (son principal employeur), Ecce (un bibliophile trop curieux), et le docteur Spiderman (un vétérinaire qui lui sera d'une grande aide).

Jamais avant le coucher du soleil — premier roman de Johanna Sinisalo — a reçu le Prix Finlandia et le James Tiptree Award ; autant dire que l'on est en droit d'attendre beaucoup d'un tel ouvrage. En fait, cette fantasy littéraire, surprenante, fort bien écrite, truffée de faux articles, d'extraits de romans, de chansons et de contes populaires, manque sérieusement de rythme. Plus problématique, Ange est un personnage relativement sympathique, mais il est manipulateur, zoophile et pédophile (si on suit jusqu'au bout la logique de l'auteure, qui pousse au maximum l'anthropomorphisme de ses trolls). Cette pédophilie omniprésente, sans cesse dédramatisée par une pincée d'humour scintillant, n'a eu de cesse de me poser de sérieux problèmes en tant que lecteur (je n'ai pas envie de lire de livres sur les « gentils pédophiles », tout comme je suis fatigué par toute cette littérature noire forte en « méchants pédophiles »). Sans doute à cause du côté léché, très « mode » de son écriture, Jamais avant le coucher du soleil est à mes yeux un des livres les plus dérangeants qu'il m'ait été donné de lire. Il y a quelque chose de criminel dans l'irresponsabilité d'Ange ; dans la juxtaposition de son désir et de son monde professionnel, celui de la publicité, trop superficiel pour être honnête. Si la partie homosexuelle du roman ne posera aucun problème à un lecteur progressiste, l'amalgame homosexuel/pédophile que pourraient faire des lecteurs peu critiques se révèle, quant à lui, des plus problématiques. Voilà un livre terrible, une tragédie noire — il y a quand même mort d'homme ! — écrit comme un joli conte pour enfants plein de détails amusants. Je n'adhère pas, je n'ai pas envie d'investir mon argent et mon temps dévolus à la lecture dans un tel projet littéraire. Ce qui ne veut pas dire que le livre soit mauvais, bien au contraire. S'il avait été raté, à aucun moment il ne m'aurait dérangé.

Thomas DAY

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