Les critiques de Bifrost

Dernière semaine d'un Reptile

Dernière semaine d'un Reptile

Franck FERRIC
RIEZ
244pp - 8,00 €

Bifrost n° 71

Critique parue en juillet 2013 dans Bifrost n° 71

Les éditions du Riez nous proposent avec Dernière semaine d’un reptile un recueil de huit nouvelles de Franck Ferric déjà parues (à une exception, inédite, près) dans diverses anthologies ou revues à tirage limité, voire confidentielles. Quant à la distribution de la présente livraison, on espère qu’elle bénéficiera d’un plus large public. Pour une maison d’édition qui va bien et un auteur qui va bien, une adresse qui va bien. Sans parler d’une chronique qui va bien, elle aussi ! Au rang des bonnes surprises, une illustration de couverture splendide et en-voûtante de Bastien Lecouffe-Deharme. Déjà salué par Thomas Day pour son roman graphique Memories of retrocity - Le journal de William Drum (même éditeur, cf. critique in Bifrost 63), le bonhomme confirme ici tout son talent. Les textes, maintenant. Réunir des nouvelles déjà publiées est toujours un acte délicat. Soit le lecteur ne connait pas l’auteur et peut découvrir son univers, soit il le connait et alors, quoi de plus que ce qui a déjà été produit ? Ici, justement, l’intérêt porte dans le fait que Franck Ferric a valorisé ses textes en les introduisant par l’histoire de Julius, et plus précisément sa dernière semaine. Julius est un type banal, un peu paumé, un peu bizarre, à l’existence dérisoire, au boulot sans intérêt. Sa vie est minable mais il survit par l’écriture, la bière et le tabac. « Julius est un type plutôt placide. On le dit froid comme un reptile. Aussi apathique qu’un orvet. Ce que vous avez entre les mains, c’est son journal. » On l’aime déjà ! Critique acerbe un rien blasée de notre société de consommation, Dernière semaine d’un reptile jette un regard froid sur l’individu et sa capacité à être merdique dans un monde merdique. Le système nous a créés tel que nous sommes, et nous continuons joyeusement à l’alimenter. « C’est aussi pour ça qu’il n’aime pas le lundi. Comme ils sont livrés à eux-mêmes durant le weekend, les vampires vous tombent dessus dès qu’ils le peuvent pour vous prendre votre jus et vous refiler leur peste. » Quant aux nouvelles, vous jugerez vous-mêmes. Elles mettent en lumière les pensées, les peurs, les états d’âmes, les atermoiements de Julius. Son désarroi aussi, sa torpeur. Peut-être aussi un peu les nôtres. On ne sait plus si l’histoire de Julius donne un fil conducteur aux nouvelles ou si celles-ci rendent compte de cette fameuse dernière semaine. Peu importe, l’ensemble est bien ficelé et ça fonctionne. Sachez juste que tous les genres sont ici représentés : science-fiction, fantastique, fantasy. Certains textes auraient sans doute mérités d’être un peu plus approfondis, développés. On a parfois envie d’être emmené, poussé encore plus loin. C’est somme toute bon signe, Franck Ferric est un écrivain en maturation et qui peaufine. C’est aussi un auteur que l’on a envie de suivre. Dernière chose, avant de vous recommander ce livre : il regorge de références musicales (Robert Johnson, Janis Joplin, John Lee Hooker, Tampa Red…) qui invitent à se remémorer quelques moments d’anthologie. Bref, voici une lecture toute trouvée pour cet été, et cela n’a rien de péjoratif, c’est juste que c’est la bonne période pour se faire plaisir avec un bon bouquin.

Hervé LE ROUX

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