Les critiques de Bifrost

Aqua™

Aqua™

Jean-Marc LIGNY
L'ATALANTE
736pp - 26,50 €

Bifrost n° 45

Critique parue en janvier 2007 dans Bifrost n° 45

En 2030, la guerre de l'eau annoncée est largement entamée. Tandis que les bouleversements climatiques causent des catastrophes aussi bien en Europe qu'en Amérique ou en Afrique, un satellite appartenant à un puissant consortium découvre une nappe phréatique géante dans le sous-sol du Burkina Faso. Un pirate informatique a déniché et révélé l'information à qui de droit. Mais le pays n'a pas les moyens de creuser dans son sous-sol, c'est donc une association humanitaire européenne qui enverra par camion le matériel de forage. Mais les convoyeurs, Laurie, sœur du pirate désormais traqué, et Rudy, sinistré d'une inondation en Hollande et poursuivi par des miliciens d'extrême droite, ignorent que le possesseur du satellite, le pervers Anthony Fuller, revendique les droits de propriété de la nappe phréatique et que, débouté d'un procès, il tente d'empêcher le camion de parvenir à destination…

Bien d'autres personnages et intrigues parallèles achèvent de dresser un tableau saisissant de ce futur proche, comme Pamela, épouse de Fuller, qui entre dans la secte extrémiste et xénophobe de la Divine Légion, laquelle voit une incarnation divine dans son fils Tony, un autiste apparemment doté de pouvoirs psychiques, ou Fatimata Konaté, courageuse présidente du Burkina Faso, qui résiste avec son équipe de ministres pas toujours efficaces. Ces événements, et bien d'autres, sont racontés en brefs chapitres incisifs et nerveux, où dominent les dialogues.

Rien de ce que présente Ligny dans ce roman n'est réellement nouveau, mais l'accumulation des désordres et problèmes visibles dès à présent dressent un tableau pour le moins apocalyptique. AquaTM est la reprise de Aqua, paru au Fleuve Noir « Anticipation » en 1993. En 13 ans, Ligny a largement eu le temps de peaufiner ses projections futuristes très documentées et d'enfoncer le clou : la planète se meurt, générant des problèmes toujours plus vastes, qui n'incitent pas les grands groupes à la mesure mais les poussent au contraire à davantage piller sans vergogne tout ce qui peut l'être encore.

On ne sait s'il faut se réjouir de lire un roman aussi saisissant ou, au contraire, déplorer sa lucidité. Ce qui est sûr, c'est que sa lecture est plus que recommandée, aussi bien pour sa dimension politique et sociale que parce qu'il s'agit d'un excellent roman, tout simplement.

Claude ECKEN

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