Les critiques de Bifrost

La Dernière colonie

La Dernière colonie

John SCALZI
L'ATALANTE
382pp - 19,90 €

Bifrost n° 52

Critique parue en octobre 2008 dans Bifrost n° 52

Le coupable se nomme Didier Florentz. Je sais, la délation, c'est pas joli joli, mais il faut bien reconnaître que cette couverture non plus. Ses récidives chez l'Atalante, notamment pour les romans de Jack Campbell, étant tout aussi hideuses et ridicules, il est bien temps de livrer le nom du grand responsable de tout ça au juste courroux des lecteurs. En ce qui me concerne, on tient là un futur lauréat des Razzies…

Mais passons, et parlons plutôt du roman : La Dernière colonie, ou le troisième et dernier tome de la trilogie entamée par Le Vieil homme et la guerre. Enfin, « dernier », « trilogie », faut voir — il reste probablement de quoi faire et un quatrième opus, Zoe's Tale, est d'ores et déjà paru outre-Atlantique (mais il s'agirait, semble-t-il, plus ou moins d'une « variation » de celui-ci). Quoi qu'il en soit, nous y retrouvons le sympathique « vieillard » John Perry, qui a bien changé depuis ses aventures musclées des deux premiers volumes : ayant finalement achevé son service au sein des Forces de défense coloniale, il a choisi de retourner à la vie civile en tant que simple colon, débarrassé de sa peau verte, de son Amicerveau et de ses autres améliorations corporelles ; il a également épousé Jane Sagan, le clone-fantôme de sa défunte épouse, et adopté la petite Zoé, toujours accompagnée de ses gardes du corps Obins (voir les épisodes précédents…). La petite famille mène une vie paisible et monotone sur Huckleberry, une planète colonisée depuis soixante-quinze ans par l'humanité. Mais l'Union coloniale et les FDC leur proposent un jour de quitter leur foyer, au moins temporairement, pour prendre la tête d'une nouvelle colonie d'un genre particulier durant les fatidiques premières années. Poussés par leur sens du devoir, John Perry et Jane Sagan deviennent ainsi les dirigeants de la colonie « de seconde génération » de Roanoke… et s'en mordent bientôt les doigts. Car cette « colonie perdue », qu'ils doivent administrer dans des conditions inimaginables, se révèle être au cœur d'un complexe imbroglio politique, déterminant pour l'avenir de l'humanité. Et dans cette affaire, Perry, Sagan et les pionniers qui les accompagnent ne sont à l'évidence que des pions et, en tant que tels, éminemment sacrifiables…

Comme dans Le Vieil homme et la guerre et Les Brigades fantômes, John Scalzi nous concocte un space opera très classique et référencé, et en même temps indéniablement divertissant et efficace : l'adresse de l'auteur, son sens du rythme, ses personnages attachants, son humour et son ironie (d'autant plus sensibles que, de même que dans le premier volume, John Perry retrouve son rôle de narrateur), font allègrement passer la pilule de cette histoire, certes bien ficelée, mais néanmoins lourde de déjà-vu. Une lecture toujours aussi agréable, donc, et qui sera sans doute à même de satisfaire bien des lecteurs (et notamment ceux qui regrettaient — à tort en ce qui me concerne — « l'ambiguïté » supposée des deux premiers volumes : John Perry ayant désormais quitté l'armée, il a moins de scrupules à adresser un majeur furibond à l'UC et à sa realpolitik…).

Mais La Dernière colonie n'en souffre pas moins des mêmes défauts que ses deux prédécesseurs. Notamment, si John Scalzi a le bon goût de ne pas tirer à la ligne et d'éviter de verser dans le pavé, il n'en tend pas moins à se disperser régulièrement, laissant soudainement en plan quelques thématiques, et recourant en d'autres circonstances au deus ex machina d'une manière guère satisfaisante. Mais surtout, ce dernier roman, s'il reste très sympathique, n'est finalement guère plus. Et c'est dommage. Au risque de connardiser dans l'élitisme, on ne peut s'empêcher de regretter que John Scalzi n'écrive « que » de bons divertissements ; car il est maints passages de La Dernière colonie (de même que, pour prendre un exemple flagrant, les réjouissants premiers chapitres du Vieil homme et la guerre) où l'on sent qu'il pourrait facilement aller bien plus loin, rendre ses romans plus subtils, plus profonds, sans qu'ils ne perdent pour autant de leur fraîcheur et de leur efficacité. Ce ne sont ni le talent ni les idées qui lui manquent. L'ambition, peut-être ? « Je n'ai rien d'un snob quand il s'agit d'écrire », explique-t-il sur son site. Tant mieux, sans doute ; et l'on expliquera peut-être ainsi son titre de « best fan writer » obtenu lors du dernier Prix Hugo. Mais il y a de la marge… non ?

En attendant, La Dernière colonie est bien un roman de John Scalzi : un space op' très sympathique, sans prétention, d'une lecture agréable. Et frustrant.

Bertrand BONNET

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