Les critiques de Bifrost

Cyberpunk's Not Dead

Cyberpunk's Not Dead

Yannick RUMPALA
LE BÉLIAL'
256pp - 16,90 €

Bifrost n° 103

Critique parue en juillet 2021 dans Bifrost n° 103

Qu’est-ce que le cyberpunk ? Que nous dit ce courant né au début des années 80 sur le futur qu’il rêvait ou cauchemardait, et sur notre époque actuelle ? À lire le sous-titre de ce nouvel essai, «Laboratoire d’un futur entre technocapitalisme et posthumanité », on pourrait espérer que Cyberpunk’s Not Dead réponde à ces deux questions.

À la première, Yannick Rumpala choisit de concentrer son étude sur le cyberpunk littéraire, majoritairement tel qu’il est paru entre 1981 et la nouvelle « Johnny Mnemonic » de William Gibson, et 1993 avec le roman Les Synthérétiques de Pat Cardigan. S’y ajoutent deux exceptions spatio-temporelles : Inner City (1996) du Français Jean-Marc Ligny, et Moxyland (2008) de la Sud-Africaine Lauren Beukes. En se recentrant sur l’Amérique du Nord blanche, ce choix de corpus écarte tout un pan d’interrogations presque mystiques sur l’interaction homme-machine tels que décrit dansBlade Runner au cinéma, les franchises Ghost in the Shell, Gunnm et bien d’autres.

Le problème est que Yannick Rumpala ne répond pas réellement à la question sur la partie « Laboratoire du futur ». Son livre aborde le cyberpunk sous cinq angles différents (l’informatique et le code, l’économie à travers le capitalisme et les corporations, l’urbanisme décrit, tant réel que virtuel, les modifications corporelles et le rôle de l’humain) et l’exercice s’apparente le plus souvent à un commentaire comparé des textes choisis, avec des liens plus que ténus de la réalité qui a inspiré les différents auteurs (hormis la fascination de William Gibson pour les joueurs en salle d’arcade assez souvent répétée). Les quelques allusions (impression 3D de prothèses vue par le prisme des fab-labs et non de la pratique hospitalière, notamment pour la préparation de chirurgie complexe, Uber, Deliveroo and co, pilotés par algorithme) sont mentionnées en une ligne ou deux avant d’être rapidement évacuées pour revenir à l’analyse de texte pure. Et pourtant, de la cyberguerre entre États et entreprises à coup de pirates informatiques (ou cowboys tel que Gibson les appelle dans Neuromancien), à l’aliénation de l’être humain par addiction à la technologie et par l’existence de toute une économie du clic et celle de l’attention générée par les réseaux sociaux, sans oublier les craintes d’un remplacement de l’homme par le robot ou l’IA, il y avait de nombreux sujets abordés dans le pan du cyberpunk choisi par Yannick Rumpala qui se sont matérialisés ou, au contraire ont été largement détournés, dans notre XXIe siècle.

Après avoir refermé ses 256 pages, Cyberpunk’s Not Dead donne l’impression d’être un essai, certes étayé et documenté, mais datant de la fin des années 90 – comme le sujet qu’il traite. Ce qui, pour la première fois dans la collection « Parallaxe », pourrait bien frustrer le lecteur.

Stéphanie CHAPTAL

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