Les critiques de Bifrost

Aux limites du son

Aux limites du son

Jacques BARBÉRI, Emmanuel JOUANNE, Jean-Pierre VERNAY, Philippe CURVAL, Lionel EVRARD, Frédéric SERVA, Francis BERTHELOT
LA VOLTE
184pp - 24,00 €

Bifrost n° 46

Critique parue en avril 2007 dans Bifrost n° 46

Étanche aux aléas éditoriaux et à toute forme de compromission littéraire, La Volte publie ce qu'elle veut, quand elle veut et comment elle veut. Un constat réjouissant, qui autorise Mathias Echenay (Monsieur La Volte, donc) à s'aventurer sur des terrains a priori interdits aux autres. Témoin, cette très belle (littérairement et physiquement) anthologie plus ou moins dédiée au défunt et fameux groupe Limite qui rassemble sept plumes prestigieuses (de Berthelot à Curval en passant par Jouanne ou Barbéri) en plus d'un CD musicalo-bruitiste de haute tenue. Plaisir des yeux, donc (merci à Jef Benech' pour l'excellent habillage de l'ensemble), mais aussi plaisir des oreilles, puisque tel est le sujet. Recherche sur la structure et sur la langue, nous dit le manifeste du mouvement Limite fondé vers le milieu des années 80 et clairement orienté vers une S-F plus adulte, plus littéraire, plus expérimentale, plus audacieuse en un mot. De fait, les sept textes qui composent Aux limites du son forment un tout cohérent à défaut d'être parfaitement intelligible. On se dit que les auteurs — comme l'éditeur, d'ailleurs — ont voulu se faire plaisir, et on aura bien du mal à leur en vouloir, tant ce plaisir est communicatif, même si toutes les nouvelles ne fonctionnent pas de la même façon. C'est sans doute inévitable et c'est tant mieux, l'idée restant de toucher (mais de toucher vraiment) un public réduit plutôt que de racoler le plus grand nombre. À défaut de tout comprendre (le faut-il nécessairement, d'ailleurs ?), on a le droit de se laisser bercer par la musique des mots et celle des sons. On citera par exemple les très beaux morceaux Il n'y a pas de raisons de s'inquiéter (DDAA) et La danse de Lugrustan (BeNe GeSSeRiT), tous deux inspirés respectivement par les très beaux textes « Dies Irae » (Barbéri & Jouanne) et « Mes relations avec Lugrustan » (Philippe Curval, qui « remplace » Volodine au menu Limite et y ajoute son humour très personnel). À noter également la très curieuse « Symphonie inaccessible » de Francis Berthelot, qui raconte la quête musicale d'un homme à travers les âges et les incarnations et qu'on a pu « entendre » in situ aux dernières Utopiales de Nantes dans une sorte de happening plutôt réussi. Bref, on l'aura compris, Aux limites du son est de la race des livres qui font du bien, tant par leur différence que par leur provocation. La preuve que l'imaginaire n'est pas formaté et qu'une autre littérature est possible.

Patrick IMBERT

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