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Hadès Palace

Le Rêve du démiurge - 6

Hadès Palace

« Il y a dans l'univers de Francis Berthelot une immense angoisse ; mais portée par une telle innocence que toute la douleur de l'existence s'y trouve changée en pure poésie. » revue Europe

Paris, début 1979.

Maxime Algeiba est le mime-serpent, un jeune artiste au talent exceptionnel. Aussi est-il contacté par l'imprésario de l'Hadès Palace — demeure tentaculaire au luxe magnétique, palais prestigieux où les grands du monde se pressent pour assister aux représentations du gratin artistique international. Comment refuser pareille offre : un contrat au sein d'un lieu aussi mythique ? C'est un tremplin, une occasion inespérée. Pourtant, une fois logé dans les dorures du Palace, Maxime ne tarde pas à remarquer des faits étranges. Pourquoi ces hommes armés qui quadrillent théâtres et couloirs ? Et ce malaise qui pétrifie Maxime dès qu'il s'éloigne dans les jardins alentour ; cette terreur sourde qui paraît régner chez les artistes ; ou encore ces « trois cercles » évoqués à demi-mot par certains ? Des questions qui ne trouveront réponse qu'une fois percés les secrets enclos derrière le visage impénétrable du maître du Palace, Bran Hadès.

Mais à quel prix ?

Francis Berthelot est né à Paris en 1946. Polytechnicien, docteur en biologie moléculaire, chercheur au CNRS dans le domaine de la théorie littéraire, il a obtenu le Grand Prix de l'Imaginaire à quatre reprises et, fait unique, dans quatre catégories différentes — dont celle du meilleur roman pour Rivage des intouchables, chez Gallimard « Folio SF ».

Hadès Palace, récit subtil aux frontières du merveilleux et d'un fantastique des plus noirs, est son dixième roman.

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Le Cimetière des toucans

Le Cimetière des toucans

La ville de Veistos, placée sous le patronage de Saint Hubert, se trouvait à la jonction de trois forêts. Les deux premières, giboyeuses à souhait, étaient le lieu de prédilection des chasseurs. Celle du sud-ouest abritait des hardes de cerfs, de daims et de chevreuils : les gars l’appelaient avec cynisme le bois des Cuissots. Quant à celle du sud-est, qui regorgeait de lièvres, de levrauts et de lapins de garenne, ils l’avaient baptisée le bois des Civets.

La troisième, tournée vers le nord, portait le nom sinistre de Bered-Maa.

En raison d’obscures légendes, personne ne s’y aventurait jamais. Seul un sculpteur, Quentin, s’était installé à la lisière, dans une cahute qu’il avait bâtie de ses mains. Un refuge contre le désespoir : veuf, âgé d’une quarantaine d’années, il l’avait construite après la mort de sa femme et de leur jeune fils, emportés un hiver par la fièvre grise. Depuis, il y vivait loin du tumulte de la ville, cherchant dans l’art la force de surmonter son deuil.

Le pain lui était fourni par le frère du meunier ; le lait par une fermière du voisinage. Pour les légumes et les fruits, il se contentait de ce qui poussait dans son jardin. Il ne se ren-dait à Veistos que de temps en temps, pour y acheter vêtements, outils ou viande salée. Bien que peu loquace, il savait encore se montrer aimable. Les rides creusées par le chagrin ne lui avaient pas durci le cœur. Jadis, on s’en souvenait, il avait été un joyeux compagnon. Mais si on lui faisait bon accueil, c’était surtout pour son talent : il venait vendre sur la place du marché le produit de son travail – des objets devant lesquels les amateurs ne pouvaient que s’émerveiller.

Il ciselait des œufs. De la taille du pouce pour les petits, de la main pour les plus grands, il y sculptait des scènes d’une finesse admirable : qu’elles soient guerrières ou pasto-rales, elles semblaient plutôt tissées dans la dentelle que taillées au burin. Et l’on n’en finis-sait pas de s’ébahir devant une telle métamorphose de la matière en beauté.

La matière, certes… Mais quelle matière ?

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L'Accroissement mathématique du plaisir

L'Accroissement mathématique du plaisir

Le premier recueil de Catherine Dufour : vingts récits dont sept inédits !

 

« Il n'est guère surprenant que j'aie trouvé de vifs motifs d'intérêt et de plaisir dans des nouvelles comme "Vergiss mein nicht" et "L'Immaculée conception", qui mettent en scène, non sans jubilation, des relations divergentes d'événements dérangeants. De tels événements pourraient, bien entendu, apparaître dans des textes britanniques, mais je doute que leurs auteurs eussent manié l'équilibre de ces récits contradictoires sur un mode comparable. »

 

Brian Stableford

 

Science-fiction, fantastique et fantasy... Catherine Dufour aborde l'ensemble de ces domaines avec un égal bonheur et s'affirme ici comme une nouvelliste de tout premier plan.

 

Au programme :

- des préfaces signées Richard Comballot et Brian Stableford,

- vingt récits dont sept inédits,

- une postface de Catherine Dufour,

- un entretien,

- une bibliographie exhaustive.

 

Catherine Dufour est née à Paris en 1966. Elle publie son premier roman, Blanche Neige et les lance-missiles, en 2001, opus initial d'une tétralogie de fantasy goguenarde et délirante qui rencontre un succès considérable. Le Goût de l'immortalité, son premier roman de science-fiction, paraît en 2005. Nouveau succès, tant public que critique : le livre remporte peu ou prou l'ensemble des prix littéraires dédiés au genre — Grand Prix de l'Imaginaire, Prix Rosny Aîné, Prix Bob Morane, Grand Prix de la Science-Fiction Française...

 

L'accroissement mathématique du plaisir, qui réunit vingt nouvelles dont « L'Immaculée conception », lauréate du Grand Prix de l'Imaginaire 2008, est son premier recueil.

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Je ne suis pas une légende

Je ne suis pas une légende

A L’EPOQUE OU MALO rencontra son premier vampire, il frôlait la dépression.

Après deux ans de bons et loyaux services en tant que Life Time Value Manager chez Johnson & Johnson, une persistante absence de cravate doublée d’une regrettable propension à quitter le bureau en sifflotant sitôt son travail bouclé lui avait valu une mise au placard définitive. Dans les premières semaines de sa relégation, il essaya d’inverser la vapeur : il mit une cravate noire imprimée de petits ours rouges et passa de longues heures supplémentaires près de la machine à café.

Peine perdue.

Il était trop tard.

Beaucoup trop tard.

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Le Sourire cruel des trois petits cochons

Le Sourire cruel des trois petits cochons

ADELINE AVAIT TOUJOURS deux kilos à perdre, un travail à durée déterminée et des opinions bien arrêtées sur une douzaine de séries télévisées. En clair, c’était une fille terriblement banale, hors cette habitude, dont elle n’avait jamais réussi à se débarrasser, de s’endormir avec une grosse boîte à gâteaux vide serrée contre elle.

Elle parcourait ses rêves, la boîte sous le bras, et la ramenait emplie de brimborions oniriques. Une fois, c’était une canne sauteuse, une canne en bois noire ramassée dans un cauchemar idiot, qui sautillait tout le temps et qu’Adeline, à bout de patience, enterra nuitamment près d’un calvaire de Rostrenen (elle doit toujours y être). Une autre fois, c’était un bon litre d’eau de lac de fée, qu’Adeline avait mis en bouteille et posé sur sa table de nuit. On y voyait parfois passer le visage idiot d’une sirène ou le regard gélifié d’un noyé. Adeline conservait aussi une petite robe de perles de jais dans laquelle elle ne rentrait plus, un optique de feu rouge en plastique bleu, une poignée de sable dévoreur, un pot de miel impossible à vider, une plaque de rue émaillée « boulevard Higelin » et une paire de ciseaux en cuivre couverts de reflets d’yeux verts.

Ce dont Adeline rêvait, ou plus exactement ce qu’elle voulait et dont elle n’arrivait pas à rêver, ce qu’elle avait toujours cherché et jamais trouvé, c’était une baguette magique. Elle savait exactement quoi lui demander et dans quel ordre, tant elle avait passé d’heures à ordonner ses désirs. Elle la découvrit finalement, un matin de ses vingt-trois ans, alors qu’elle abordait le rivage amer du réveil après un voyage au bout de la mer infinie — là où la mer se recourbe, quand l’île que vous devez bientôt aborder se trouve juste au-dessus de votre tête, verte et noire dans son lagon d’eau claire, et que des fruits en tombent pour rebondir sur le pont de votre bateau… La baguette était là, dans la brume épaisse des frontières du rêve, plus fine qu’un cheveu, intermittente. Adeline tendit la main, referma sa boîte et se réveilla.

Elle souleva doucement le couvercle : la baguette y était toujours.

 

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L'Immaculée Conception

L'Immaculée Conception

Pour la première fois de sa vie, Claude se regardait vraiment dans sa glace. Sous le néon de la salle de bains, son reflet grumeleux de boutons lui adressait un regard fixe de poisson mort qui ne lui apprenait rien. Elle aurait pourtant bien voulu savoir comment elle se sentait. À force de fixer ce visage aussi immobile qu’une flaque de dentifrice, une baudruche d’angoisse commença à gonfler dans sa gorge. Elle se détourna du miroir, prit sa brosse à dents, la considéra : ce n’était pas l’heure de se brosser les dents. Elle reposa sa brosse. Elle se massa la nuque, sonnée comme la fois où une collègue pressée lui avait donné, en passant, un coup de listing. Elle posa la main sur son ventre puis la retira brusquement, et resta dix secondes à regarder sa main, organe étrange capable de commettre un geste aussi… aussi… La baudruche enflait. Claude s’assit au bord du lit, aussi pesante qu’un sac de plâtre. Puis elle se leva et alla boire un verre d’eau. La voix du Docteur résonnait dans les coins du studio :

« Ça arrive, Docteur, qu’on ait des enfants… euh, sans… enfin, sans être allé avec un homme ? »

Rire pointu.

« C’est arrivé une fois, oui. Il y a 2000 ans. Pourquoi ? Vous nous faites une immaculée conception ? »

Rire pointu.

 

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Vergiss mein nicht

Vergiss mein nicht

L’IEPT (Institut d’Etudes Polyvalent du Trident) est un préfabriqué provisoire depuis vingt ans, auquel quelque architecte fou ou ivre a donné la forme d’un cancer généralisé. Cette monstrueuse tumeur de béton répand ses métastases au bord du canal Vieux Baiser, crachant ses élèves par trois sorties : l’une, côté sud, dégringole jusqu’à la nationale, l’autre, côté est, mène à un puits de boue pompeusement nommé stade, et la troisième, plein nord, à la cité universitaire. Il devrait y en avoir une à l’ouest, mais c’est là que passe le canal. Qu’aucune sortie ne donne sur cet égout est la seule preuve de l’intervention d’un cerveau raisonnablement pensant dans la conception de l’IEPT.

La ZI du Trident prolifère sur dix kilomètres autour de l’Institut, jusqu’à la ville de Haussun Sassey ; on la voit de loin, à cause de son dôme de smog. Quand on arrive des hauteurs d’Haussun, et pour peu qu’il fasse beau, la vue est d’une splendeur martienne : les infrastructures des usines étincellent au fond de la brume délétère, les tuyères luisent comme des anguilles, le dos rond des hangars ruisselle de soleil.

Vu de près, c’est moins gracieux.

Tout l’IEPT rêve de mettre la main sur le type qui a ainsi appliqué à la lettre l’idée pleine d’esprit de rapprocher le monde universitaire de celui de l’entreprise. Lui mettre la main dessus et ensuite, lui faire prendre un bain dans le canal. C’est un fantasme sadique, car Vieux Baiser charrie l’intégralité des déchets industriels du Trident plus une bonne partie des déchets domestiques de Haussun Sassey. Un centre de traitement des eaux usées est censé intervenir quelque part en amont, mais ce sont des rumeurs peu dignes de foi.

A hauteur de l’IEPT, on a installé le long du canal un grillage protecteur que les émanations acides ont depuis longtemps réduit en loques. Les panneaux « Baignade interdite » ont fait rire des générations d’étudiants : la mousse qui recouvre Vieux Baiser, nuancée depuis le jaune pisse jusqu’au vert morve et secouée de brusques remontées de gaz, donne envie de vomir, de fuir ou d’éteindre sa clope mais jamais — jamais — de nager.

Tout ça n’empêche pas l’IEPT d’être « une bonne université remplie de bons profs avec du bon matos ». Je me récitais cette devise quand je sentais la foi me quitter, et chaque fois je faisais un petit bâton sur un petit carnet. Dès que j’avais une pleine page de petits bâtons, je sautais dans mon cendrier roulant, une R5 en ruine, et filais vers Hauss boire un peu d’oxygène et beaucoup de bière dans un bar downtown. Ceci mis à part, j’étais une thésarde modèle, passant un tiers de mon temps en amphi, un tiers à dormir dans une cellule tapissée de posters des Editions du Désastre, et le troisième tiers à me préoccuper du matériel : refouler les resquilleurs dans la queue du restau U, trier la viande du gras, boucher les trous dans la porte des chiottes avec du PQ pour pisser en paix et tabasser la photocopieuse.

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La Lumière des elfes

La Lumière des elfes

POUR MOI, IL Y A DEUX Peintures : la concave et la convexe — celle qui sort du cadre pour vous coller au mur et celle qui vous invite à enjamber le cadre pour aller voir comment se continue le paysage, au-delà.

Celle qui vous prend la tête en hurlant et celle qui vous prend par la main en chantant à voix de sirène.

Pour moi, il y a Guernica et les prisons du Piranèse.

 

 

Pour moi, il y a deux Femmes : les pétasses en A et les autres. Les pétasses en A sévissent chez les artistes — Gala, Elsa, Amanda, des chieuses aux yeux fous et aux comptes bancaires soignés. On dit : des Muses.

Hier soir, j’ai dîné avec Zelma, qui fut la Muse de Toussaint Settbon. Zelma, en bonne et due Muse, a la cinquantaine efflanquée, des cheveux de gitane, le cuir trop cuit et des pâtés sur la gueule (du khôl, du fard à joue, du rouge à lèvres). Tout ça est emballé dans des voileries noires qui puent la clope et lesté par des bijoux en argent crasseux, qui tintent à rendre folle une vache suisse.

Je n’arriverai jamais à donner de Zelma l’impression qu’elle veut donner, celle d’une belle pute vieillissante dont on suppose qu’elle a, en son jeune temps, posé à poil pour des génies drogués sous d’immenses verrières glaciales — d’une main elle boit un Tequila-Mezcal, de l’autre elle caresse ses beaux seins durcis. Drapée dans sa seule chevelure, elle incline sur une épaule frissonnante son beau crâne ravagé par l’Art et l’Opium…

Je n’y arriverai jamais. Zelma est trop conne. D’ailleurs, Toussaint Settbon était un gros con.

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Rhume des foins

Rhume des foins

C’EST UNE GRANDE MAISON en bois cérusé, blanche et gracile, échouée parmi les fleurs. On y entre par des portes-fenêtres gréées de mousselines et une galerie en fait le tour, séparée du jardin par une colonnade mangée de vigne vierge.

Pour aller de la route à la maison, il faut remonter une longue allée tracée à même un fouillis de chèvrefeuille. Le climat est si doux que les floraisons se succèdent sans interruption, d’un bout à l’autre de l’année, entretenant une jungle de parfums. C’est l’allée des vapeurs et des ivresses, un champs de pavots n’est pas plus suffocant, ni plus enchanteur. Les lilas s’enlacent à l’infini entre les fûts droits des tilleuls, élèvent vers les frondaisons des vrilles de pollen puis roulent enchevêtrés vers le sable de l’allée, qu’ils dévorent.

Le reste du jardin est une houle d’herbe où tanguent des corbeilles d’œillets, où transhument des troupeaux de fuchsias. Entre les flaques couvertes de nénuphars que bénissent les saules, tournoient des bosquets de laurier-roses poisseux. En écartant les branches, on rencontre parfois un buste moisi, ou un reste de balancelle, un kiosque en roseau pourrissant, une jardinière moustachue de menthe, un souvenir de plate-bande où le jasmin et le cannabis se battent en duel. On peut craindre parfois de se perdre, mais on retrouve toujours la maison, à cause des rires.

Sous la galerie sont servis à toute heure du thé brûlant, du café chaud, des gâteaux encore tièdes, des sirops glacés et des sourires chaleureux. Ça sent bon le bois, la citronnelle et le frais. Assis sous la véranda, j’ai vu bien des fois le soleil se coucher au fond du jardin, allumant des vers luisants dans la pelouse et des incendies sur l’horizon. Longtemps cette maison, ses parfums et ses livres, a été pour moi le paradis sur Terre. Et savez-vous quel serpent m’en a chassé ?

Le rhume des foins.

Mais il ne m’est pas venu tout seul, oh non…

 

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Le Jardin de Charlith

Le Jardin de Charlith

– Charlotte Berg est née la même année que moi. C’est… c’était la grand-tante de ta petite amie Christine. À l’époque, nous nous voyions chaque été, comme tu retrouves chaque été Christine et ta bande de copains. Vous passez vos après-midi à la plage, nous passions les nôtres ici. Nous étions un peu moins nombreux que vous. Il y avait ton grand-père, l’oncle François qu’on appelait Lancelot de la Flaque, Charlotte Berg, sa cousine Adrienne Villers, et puis la vieille tante Rose qui n’était alors ni tante ni vieille. Et d’autres, quelquefois mon frère Adrien, celui qui est mort à la guerre d’une rougeole, un Benoît, aussi, le père de celui qui a foutu le camp avec mon beau-frère, je crois, enfin nous étions une quinzaine. Et puis Dieter Saulx, surnommé « Le plus beau des enfants du monde » par les vieilles du coin. On se retrouvait parfois entre garçons, quand les filles jouaient à essayer les robes de leurs mères. Nous faisions voguer nos bateaux en discutant toujours de la même chose : les femmes en général, ces demoiselles en particulier. Et nous arrivions toujours à la même conclusion: Adrienne était la plus belle, mais nous étions tous amoureux de Charlotte.

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Mater Clamorosum

Mater Clamorosum

(...) en ces temps, les âmes erraient nombreuses le long des chemins. Aussi légères qu’une bruine, elles se pressaient dans les ornières, les fossés et les futaies basses. Elles floconnaient, imperceptibles, aux branches des ormes et des sureaux. Elles dormaient dans les cimetières, allongées sur leur propre tertre, et processionnaient interminablement au cœur des nuits. Les vivants leur cédaient le pas, par respect pour leur éternité.

Pourtant, éternelles, elles ne l’étaient pas.

 

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Confession d'un mort

Confession d'un mort

IL Y A QUELQUES ANNEES, en 1849, j’ai passé plusieurs mois à Baltimore où j’ai occupé un emploi de typographe.

Un certain soir d’octobre, je restai penché sur mes casses jusque bien après le crépuscule et quand je me décidai enfin à rentrer chez moi je vis, derrière les fenêtres sales de l’atelier, que la nuit était tout à fait tombée. C’était une nuit épaisse, noyée de brume, et d’un froid aigre qui laissait présager un long et pénible hiver. Une lune en son plein devait pourtant briller dans le ciel, loin au-dessus des nuages, car une phosphorescence bizarre hantait le brouillard, transformant toute chose en spectre mouvant. C’est donc avec une appréhension diffuse que je sortis dans la ruelle, parfaitement silencieuse à cette heure tardive, et que j’assujettis les panneaux de bois qui fermaient la boutique sur le devant. Les sons eux-mêmes s’étouffaient dans l’obscurité fuligineuse et les planches aspées, en retombant le long de la façade, ne rendaient pas leur habituel claquement net mais une sorte de plainte chuintante prolongée par un écho funèbre. Quand enfin tout fut clos, je glissai une main engourdie dans ma poche pour y prendre la clef. Mes doigts glissaient sur le métal humide de la serrure, et j’eus grand peine à la faire jouer. J’y parvins cependant et elle émit un bruit sourd et profond, semblable à celui qu’aurait fait le pêne d’un cachot qu’on eut tourné quelque part, très loin sous terre. Il me sembla, à ce moment précis, qu’un gémissement faible lui répondait. Je tressaillis, sentant mes cheveux se hérisser sur ma nuque, et me retournai : derrière moi s’étaient amoncelées des ténèbres lourdes, étouffantes, d’une froideur compacte, telles enfin qu’on ne les trouve qu’au sein du plus obscur caveau. Aucune lueur ne trouait cette opacité lugubre, hors l’étrange frisson lunaire qui trompait le regard plus qu’il ne l’éclairait. Je restai un temps immobile, remontant contre mon cou glacé la fourrure de ma pelisse déjà raidie par le givre ; j’écoutai attentivement sans rien entendre, pas même l’habituel murmure du ruisselet qui parcourait la ruelle en son milieu et que le froid devait avoir pétrifié. Je tournai ensuite mes regards de tout côté, désespérant d’apercevoir ne serait-ce que le reflet ténu d’un fanal ou d’un lumignon, qui m’eut donné le courage de me mettre en route vers mon logis. Je pestai en moi-même contre la distraction qui m’avait fait oublier l’heure, hésitant à déclore la boutique pour y chercher une lampe à huile. Je décidai finalement de gagner une rue de quelque importance, avec l’espoir d’y croiser un passant mieux avisé que moi, ou au moins la fenêtre encore éclairée d’une demeure où il me serait possible de demander un bout de suif et une mèche. Je me mis donc en marche, levant les yeux comme un aveugle, contraint d’avancer à pas lents dans l’ordure du bas côté, car je n’avais pour guide que le mur que ma main frôlait.

 

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Valaam

Valaam

POUR OBTENIR LE VISA DE LA CEI, j’avais réservé depuis la France à l’hôtel Intourist de Moscou, avenue Gorki. La navette de l’aéroport me déposa devant le perron gardé par trois cerbères en jaquette. Je montrai mon passeport et entrai dans le Golden Hall, un hangar crasseux blindé de plaques de cuivre où se croisaient des touristes japonais, des hommes d’affaires allemands et des garçons d’étage hargneux, occupés à vendre l’Intourist par petits bouts à des Caucasiens. Sur des banquettes en plastique orange, des filles de quinze à trente-cinq ans attendaient. Elles portaient de courtes robes noires, des cheveux décolorés et un air triste.

Je posai mon sac dans une chambre du onzième étage (une boîte en peluche marron) et visitai les bars les uns après les autres : le bar italien du deuxième, le bar chinois du quinzième, le bar espagnol du rez-de-chaussée, le bar allemand de l’entresol. Le salon de thé, au dix-septième, était fermé, et le casino hors de prix. Je m’installai finalement au Traveller’s Bar, à côté de la plus jeune des putes, une gamine maigre aux cheveux bicolores (blancs à la fin, noirs au début). Elle suçait un verre de sok, ce sirop gazeux qui a le même goût que les œufs de Pâques en sucre. J’essayai d’engager la conversation en anglais, en allemand puis en russe, elle me répondit par monosyllabes. J’appris quand même qu’elle était supposée s’appeler Tania, née à Komsomol sur Amour, étudiante. Je la laissai à son sirop et dépliai le Moscou Times. Deux moustachus en cravate vinrent s’asseoir à notre table, nous offrirent à chacune une bière et se lancèrent dans une conversation en english business. J’en étais aux petites annonces quand ils adressèrent la parole à Tania. Ils se levèrent presque aussitôt, elle les suivit docilement. En face de moi, deux filles sirotaient leur sok, assises de travers sur un banc en bois, les épaules navrées et les yeux dans le vague. Je finis mon verre, montai dans ma chambre, bus un peu d’eau du robinet hydrochlonazonée, tirai les épais rideaux marron sur la lumière bleue du néon Panasonic et me couchai. J’avais le blues. Le moscues. Moscou est une ville à chier.

 

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Le Cygne de Bukowski

Le Cygne de Bukowski

J’AVAIS RENCONTRE CE TYPE AU YMCA de la 188e rue, pile au bas de Harlem. Le YMCA était dégueulasse, mais pas plus qu’un autre, et au moins c’était des dortoirs, ça craignait moins que dans les foutues piaules à quatre de la 44e.

 

 

L’immeuble de la 44e était un monstre délabré, le genre de truc tout droit sorti de Blade Runner ; massif, pseudo-gothique et raide de crasse, pas entretenu depuis 1930, avec des vieux cinglés qui se baladaient à poil à quatre heures du matin, des fumeurs de crack en tas dans les couloirs et des draps pourris de sang, de sueur, de merde et de pisse, et sûrement aussi de bave mais ça se voit moins. Une petite black en tablier bleu était passée dans le couloir tandis que je secouais les draps, pour voir s’il y en avait pas un moins pire qu’un autre, vu que le matelas était spongieux de foutre. Elle était entrée, elle avait dit : « Pigs ! All pigs ! » et elle m’avait lancé une paire de draps propres.

Pour la remercier, je lui avais refilé une caissette de fraises toutes fraîches, je sais pas trop pourquoi ni comment j’avais ça sur moi. Et deux paquets de cigarettes. Après j’avais essayé de dormir, dans la chaleur plombée de Manhattan, les klaxons des taxis et les cris des putes qui se faisaient bastonner sur la 44e. C’est comme ça qu’il tient, l’immeuble du YMCA de la 44e : au dos des putes, et sur des amoncellements de poubelles.

C’est pour ça que je suis allée à Harlem. Plus au nord. Plus frais.

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Kurt Cobain contre Dr. No

Kurt Cobain contre Dr. No

L’air était frais, la mer était proche ; il l’entendait bouger doucement. Le soleil se levait à peine.

 

Je perçois les choses de façon si aiguë… Si je me concentre assez, je peux voir des petites traces de résidus transparents dans le coin externe de mes yeux. Ou alors, c’est une conjonctivite. Je peux les suivre tandis que mon regard descend, c’est comme regarder un film avec des amibes ou de la gelée, comme observer du plancton au microscope. Et si je regarde en direction du soleil, le flamboiement orange vif dessine le tracé intense de cellules sanguines, ou ce que j’imagine être des cellules sanguines. Elles bougent très rapidement et je ne tiens pas longtemps avant que mes yeux ne se fatiguent, et je dois détourner le regard du soleil et me frotter les paupières très fort, et là, je vois de petites sphères de lumière étincelante — certains appellent ça des étoiles — qui ne durent qu’une seconde, puis j’ouvre mes yeux mouillés de larmes à cause du frottement et regarde le ciel, loin du soleil, et oublie tous ces putains de petits trucs tordus à la con s’agitant au coin de mes yeux, ou la vision en gros plan des cellules sanguines sous mes paupières, et je regarde le ciel tout entier et je n’essaie même pas, mais je vois se dessiner dans les nuages toutes sortes de visages, objets, statues…

Il s’assit, secoua le sable de ses cheveux.

Une fois, j’ai vu Jésus sur une carapace de tortue.

 

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Une troll d'histoire

Une troll d'histoire

VOUS CONNAISSEZ PAS l’abominable pougnard des Locaces ? Ben c’est un pougnard qu’habite les monts Locaces. Et il est assez abominable. C’est un peu comme un troll avec une cotte d’armoise, mais en taille XXL et c’est pas des écailles d’armoise qu’il a sur le torse : c’est des excroissances naturelles. Et ça aime pas trop le poisson. Et c’est très, très susceptible. Demandez donc à Claquebec, de la taverne du Dragon Frit, si c’est pas susceptible, un pougnard. Pas plus tard qu’hier soir, tiens… Si j’étais au Dragon Frit, hier soir ? Un peu, que j’y étais. Si je suis toujours vivant ? Je veux, oui. Vu comme je suis en train de mourir de soif, un peu que je suis vivant. Ce qui s’est vraiment passé, hier soir ? Ah, je peux rien raconter avec la gorge sèche, hein… Merci. Garçon ! Une autre !

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La Perruque du juge

La Perruque du juge

« ACCUSE, LEVEZ-VOUS ! Et restez debout. »

Le petit homme se leva, minuscule et très pâle dans un costume d’emprunt trop large pour lui. Ses dents de lait appelaient l’indulgence, mais son nez était terriblement impertinent, et ses yeux avaient mille ans.

« La liste des chefs d’accusation risque d’être aussi longue que votre répugnante existence ! » dit le Juge de sous son épaisse perruque à rouleaux, ruisselant de poudre et de dégoût. Il abaissa son maillet sur le socle en bois creusé par l’âge et les chocs répétés, avec une force telle qu’on crut un moment que le Tribunal allait se fendre comme une pastèque.

« SILENCE ! »

D’un geste théâtral, le Juge déroula un acte d’accusation aussi interminable que les conquêtes de Don Juan.

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Le Poème au carré

Le Poème au carré

ASSISE SOUS UN GRAND TILLEUL, Alice s’ennuyait un peu. Elle venait juste de finir son livre et elle ne savait pas quoi faire en attendant l’heure du thé. Elle s’allongea sur l’herbe en prenant soin de lisser ses cheveux sur ses épaules, car depuis qu’elle avait eu dix ans il était nécessaire qu’elle se montre un peu coquette (sa sœur avait été très précise sur ce point). Ce-pendant, elle veilla à garder les yeux grands ouverts afin de ne pas retomber dans un de ces rêves interminables qu’elle faisait autrefois, et dont le récit ne lui avait valu que des réflexions désobligeantes ou, au contraire, des attentions incongrues.

Le ciel, à travers les branches du tilleul, était aussi bleu que bleu se peut, de fait Alice fut surprise de recevoir sur le coin du menton une petite goutte fraîche, puis une autre sur le bout du nez, et encore deux autres au milieu du front.

Elle s’assit précipitamment, passa sa main sur son visage et regarda le bout de ses doigts.

« C’est tout à fait étrange, dit-elle à haute voix, car elle n’avait pas perdu l’habitude de se prendre à témoin quand elle ne trouvait pas d’autre interlocuteur, mais il me semble bien qu’il s’agit de confiture. »

Elle goûta, hésitante, puis s’exclama :

« De la confiture d’orange ! Vraiment ! Vraiment ! Comme cela est cocasse ! Hélas, je crains de rêver une fois de plus. »

 

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L'Accroissement mathématique du plaisir

L'Accroissement mathématique du plaisir

« Elle est superbe. »

Elle l’était.

Sa peau n’avait pas ce toucher irritant, gras à force d’être lisse, des épidermes synthétiques. Elsevier passa à nouveau sa main au creux des reins : on y sentait comme un léger duvet.

« Comment tu as fait ?

– J’ai copié à l’identique, mais sur un seul exemplaire, les quatre plus belles statues de Vénus. Celles de Cnide, de Capoue, de Praxitèle, et la Génitrix. Je voulais comprendre ce qu’il y a de divin chez ces femmes plutôt épaisses. Maintenant, j’ai compris.

– Moi aussi. »

 

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La Liste des souffrances autorisées

La Liste des souffrances autorisées

« ET IL Y AVAIT CETTE BONNE femme, avec cet accent de la Citadelle… »

Monsk pose sa fourchette dans le bazar qui encombre son assiette :

« Tu vois ce que je veux dire ? Elle parlait comme ça : “Est-ce que quelqu’un peut vraiment jurer qu’il est possible d’élever un enfant sans jamais ressentir de pulsion sadique ? Je suis sa mère, quand même ! Je ne suis pas censée lui faire croire que le monde est sympa, n’est-ce pas ? Quand il arrive avec un de ces foutus dessins qu’il fait à l’école, je suis vraiment obligée de faire semblant que c’est beau ? Pour qu’il croie qu’il suffit de chier sur une feuille pour me faire plaisir ? Je veux dire, je suis sa mère ! C’est mon boulot, de l’élever ! Et cet imbécile m’aime ! Et pourquoi ? Parce que ça lui vient comme ça ? D’instinct ? Et je suis censée lui apprendre à se fier à ses instincts ? Et à déborder d’amour pour n’importe qui ? Et à le manifester n’importe comment ? Je suis censée l’expédier dans la vraie vie avec cette mentalité de… cette sensiblerie de… de perdant ? J’en ai fait des confettis, de son dessin ! Parce que ça m’a fait plaisir, et parce que ça lui apprend la vie !” »

Monsk éclate de rire et reprend ses couverts :

« C’est excellent. Excellent. Qu’est-ce que c’est, au fait ? »

 

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L'Amour au temps de l'hormonothérapie génétique

L'Amour au temps de l'hormonothérapie génétique

Los Angeles 2019…

Hillary était une petite bonne femme discrète. Elle portait des souliers plats, des jupes opaques, le minimum légal d’implants et un somptueux regard naturellement bleu. Quand Tigre lui demanda ce qu’elle faisait pendant son tiers-temps actif, il fut étonné d’apprendre qu’elle était Chief Engineer chez SkyNet, spécialisée dans l’hormonothérapie génique.

Tiger, lui, travaillait comme Life Time Value Manager dans une société de services. Il avait le physique de l’emploi, sobre et morose ; Hillary le trouva suprêmement distingué et délicieusement viril, avec dans le regard ce léger flou qui trahit les blessures secrètes pudiquement dissimulées, bref, elle tomba amoureuse comme un sac.

Tiger s’en rendit compte avant elle, évalua de ses yeux myopes les gros seins genuine cachés sous la blouse modeste, passa quelques jours à soupeser les avantages et les inconvénients d’une liaison éventuelle. Il se décida un mercredi à 16h22 GMT et à 21h09, Hillary était sa maîtresse, temps record dont il se vanta abondamment auprès de ses collègues.

 

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Un Soleil fauve sur l'oreiller

Un Soleil fauve sur l'oreiller

QUAND LE CIEL BAS et lourd pèse comme un couvercle…

Le ciel ne pesait pas : il était carrément posé par terre et noyait les rues dans une brume de gel. Mye, rétractée au fond de son manteau, avançait à longues enjambées sur le trottoir sonore, donnant courageusement du front contre la bise.

Les devantures défilaient à sa droite, chocolaterie rouge, pharmacie verte, oxygènerie grise. Mye tourna un coin et soupira d’aise tandis que le vent continuait tout droit. Elle ralentit le pas en passant devant la devanture éteinte d’un Lavomatic. Il était tard, la boutique était fermée et pourtant, comme la veille et comme le jour d’avant, une machine tournait. Une femme était assise sur une chaise, juste en face de la machine ; une vieille dame vêtue de noir qui paraissait menue et terriblement cassée, presque diluée dans la pénombre jaunâtre. Cette fois, Mye s’arrêta :

Quelle vie de misère oblige de si vieilles dames à sortir de si mauvaise heure ?

Mye approcha de la vitrine embuée. Elle fit glisser son masque stérile sur son menton et effleura la vitre du nez. La vieille dame ne bougea pas. Mye remit son masque en place et repartit, la tête enfoncée dans ses épaules.

 

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Mémoires mortes

Mémoires mortes

L’AIR NOCTURNE ETAIT tiède et chargé d’effluves fruitées, la lune en son plein versait sur le parc un doux argent trompeur. Allongée dans l’herbe, sous les branches fleuries d’un chèvrefeuille, Nylone sommeillait. Un phénix, descendu sans bruit du ciel étoilé, se posa près d’elle et caressa de ses ailes bleues le visage de la jeune fille. Nylone bâilla, étira longuement ses bras chargés de bijoux. La mousseline blanche de sa tunique était mouillée de rosée. Elle ouvrit paresseusement les yeux : sur l’horizon outremer s’élevaient les hautes tours de la cité de Tintagel, mille clochers lumineux au-dessus desquels se croisaient des étoiles filantes. L’oiseau magnifique replia ses ailes, ouvrit son bec doré :

« BIP BIP BIP. »

Nylone s’assit en grimaçant : « Putain ! Fait chier, ce beeper… »

 

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Carnaval sans roi

Le Rêve du démiurge - 8

Carnaval sans roi

Kantor, télépathe, a jadis perdu son pouvoir en sauvant un ami du "gel catatonique". Aujourd'hui, un psychiatre voudrait qu'il l'aide à soigner un patient très spécial : Alvar, le Gitan, dont le cerveau est possédé par cinq spectres. Son pouvoir restauré, Kantor entre dans l'esprit d'Alvar et affronte les intrus - une petite fille, un soldat, un couple de bardes, un acrobate - dont les conflits torturent le malade. Parviendra-t-il à arrêter cette guerre mentale, ce terrible CARNAVAL SANS ROI ?

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Incarnations

Incarnations

« Et le pire de tout, c'est qu'il ne peut même pas s'offrir le luxe de trembler... »

 

Incarnations ?

Une ancienne charcuterie industrielle. Un lieu clos, labyrinthique et interactif. Un vieil artiste : Antonin Fabrio, cinéaste et sculpteur sulfureux. Cinq personnes — trois hommes, deux femmes — recrutées pour participer à une expérience extrême. Moyenne d'âge : entre vingt et trente ans. Cinq prisonniers volontaires, enfermés dans ce bâtiment où ils deviennent une matière brute entre les mains du vieil homme. Et très vite, les motivations réelles d'Antonin Fabrio apparaissent : réaliser une œuvre totale et définitive, faire de l'art avec du vivant — transformer ces cinq individus en « bioacteurs » pour les amener à incarner des personnes disparues. La métamorphose commence. Dans la douleur. Car Fabrio est prêt à tout pour parvenir à son but : torture mentale, manipulations, violences physiques... Dans ce lieu fermé, la terreur s'installe. Et pourtant les cinq « bioacteurs » investissent le jeu, apprennent à survivre, à se gérer individuellement et collectivement. À l'intérieur de ce chaos permanent mais orchestré, chacun ira au bout de lui-même, au bout de l'expérience...

 

Incarnations ?

 

Grand amateur des littératures transgenre et hors cadres, Xavier Bruce anima pendant plusieurs années la micro-revue critique Translfictions avant de rejoindre l'équipe des collaborateurs de Bifrost, « la revue des mondes imaginaires ». Incarnations, son premier roman, constitue une expérience brutale, un texte choc qui place d'emblée Xavier Bruce très haut dans le panthéon de cette nouvelle littérature française nourrie aux genres populaires et à leurs codes, une littérature qui n'hésite pas à transgresser ses sources pour mieux les réinventer et bousculer son lecteur. Xavier Bruce a 41 ans. Il vit à Paris.

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La Cité du soleil

La Cité du soleil

Paul Grimal a disparu, ne laissant derrière lui qu'un ensemble de notes concernant la Cité du Soleil, cette fabuleuse construction mentale de l'Italien Tommaso Campanella. Des indices convergeant tous vers l'impensable : la Cité du Soleil existerait, quelque part... Mais comment rejoindre une utopie ?

 

Depuis plus de deux siècles, la dynastie des Bonaparte règne sur le monde. Un règne qui devrait se trouver légitimé par la mission d'exploration que mène l'Aiglon aux confins du Système solaire. À moins qu'un assassinat politique ne bouleverse les plans impériaux...

 

La Voie Lactée se meurt, dévorée par l'entropie. Pour la myriade de peuples qu'elle abrite, il n'y a aucune alternative. D'autant que cette fin des temps est orchestrée par les Archontes, désireux de vivre l'Apocalypse jusqu'à son terme. Pourtant les Hu, race faible et mineure, refusent l'inéluctable, notamment Hu-Jon, prêt pour la plus folle des odyssées.

 

Trois aventures historiques, trois épopées philosophiques...

 

Un temps caché sous le pseudonyme de Michael Rheyss (notamment dans l'anthologie périodique Étoiles Vives, où il débute), c'est sous son véritable nom qu'Ugo Bellagamba publie son premier roman, L'École des assassins (au Bélial'), un manga littéraire co-écrit à la testostérone avec Thomas Day et salué par la critique. Titulaire d'un doctorat en histoire du droit, Ugo Bellagamba a trente ans. Il vit à Aix-en-Provence avec sa femme et leur improbable petit chien, Sirius.

 

Avec La Cité du Soleil, Ugo Bellagamba nous propose trois textes d'une rare ambition où la science-fiction s'inscrit au cœur même de notre Histoire, quelque part entre Robert Silverberg et Umberto Eco.

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La Cité du soleil (nouvelle)

La Cité du soleil (nouvelle)

Paul Grimal a disparu, ne laissant derrière lui qu'un ensemble de notes concernant la Cité du Soleil, cette fabuleuse construction mentale de l'Italien Tommaso Campanella. Des indices convergeant tous vers l'impensable : la Cité du Soleil existerait, quelque part... Mais comment rejoindre une utopie ?

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L'Apopis républicain

L'Apopis républicain

Depuis plus de deux siècles, la dynastie des Bonaparte règne sur le monde. Un règne qui devrait se trouver légitimé par la mission d'exploration que mène l'Aiglon aux confins du Système solaire. À moins qu'un assassinat politique ne bouleverse les plans impériaux...

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Dernier filament pour Andromède

Dernier filament pour Andromède

La Voie Lactée se meurt, dévorée par l'entropie. Pour la myriade de peuples qu'elle abrite, il n'y a aucune alternative. D'autant que cette fin des temps est orchestrée par les Archontes, désireux de vivre l'Apocalypse jusqu'à son terme. Pourtant les Hu, race faible et mineure, refusent l'inéluctable, notamment Hu-Jon, prêt pour la plus folle des odyssées.

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Quand il y aura des pommiers sur Mars

Quand il y aura des pommiers sur Mars

La rhapsodie hongroise de Liszt emplissait l’espace démesuré du hall et ni les conversations ni les tintements des coupes ne parvenaient à occulter les notes aériennes, si parfaites en la circonstance.

Sacha s’approcha de la baie panoramique et leva les yeux vers ce qui se trouvait de l’autre côté. La formidable réalisation des ingénieurs chinois sous l’autorité desquels elle avait travaillé pendant de longues années, lui coupa le souffle.

« Par la moustache de Vladimir Ilitch ! Tu vois ça, Boris ? Il est encore plus impressionnant que je ne l'imaginais… »

Son compagnon maugréa, la bouche pleine.

« Tiens, prend plutôt une coupe. C’est pas tous les jours que tu pourras boire du vrai cham-pagne français, camarade ! »

Avec son front dégarni et ses favoris, Boris ressemblait plus à un savant fou ou à un écrivain sur le retour, qu’à un ouvrier mécanicien. Elle prit le verre qu’il lui tendait, en souriant.

« Tu t’enivres alors que nous contemplons le dernier joyau de la Révolution…

— Peuh ! Sans moi, ce truc-là ne tiendrait pas en un seul morceau, Sacha. D’ailleurs, avec tous les boulons que j’ai serrés, je me demande même s’il va…

— Oh, il volera, je puis vous l’assurer, camarades ! »

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