Denis LABBÉ

Denis Labbé est né en 1965 à Lunéville, entre Vosges et Alsace, mais s’avoue Nordiste d’adoption depuis plus de vingt ans, tout en ayant conservé cet amour du fantastique propre à ses forêts natales. Docteur ès lettres, il est professeur de lettres modernes dans un lycée du Nord de la France.
Écrivain, poète, traducteur et critique, il a publié plus d’une quarantaine de nouvelles (en France, en Belgique, au Québec et en Espagne), quatre recueils de poèmes (plus des textes dans diverses revues), un roman jeunesse Le Pavillon Maudit (éd. Syros) et un roman biographique Promenades avec Claude Seignolle (éd. ODS). En tant que critique, il est l’auteur de plus d’une centaine d’articles, coauteur de onze ouvrages de référence dont Le Fantastique (éd. Ellipse) ou encore Harry Potter à l’école des sorciers (éd. Ellipse), et travaille actuellement sur une encyclopédie et un dictionnaire. Il collabore ou a collaboré à de nombreuses revues et magazines (Hauteurs, Khimaira, Faeries, Galaxies…), ainsi qu’à des sites internet. Plusieurs de ses nouvelles sont parues dans des anthologies telles De sang et d’encre (Naturellement), Ainsi soit l’ange (Oxymore), Identités (éd. Glyphe), mais également dans des revues aussi différentes que Phénix, Rétroviseur, Poésie Première, Hauteurs, Faeries ou encore Elegy. On lui doit aussi des traductions de Brian Lumley (Necroscope, Vamphyri), Graham Masterton, Kim Newman, Poppy Z. Brite. Il est l’auteur de quatre recueils de poèmes : Traces (concours le courrier de l’Orénoque, 7 poèmes publiés, 1994), Au pas des oiseaux (Editinter 1998), Entrevoix (Editinter 2001), Entretoises (éd. Froissart, 2001).

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Bifrost n° 45

Bifrost n° 45

L'année qui a suivi la mort de Lorraine, j'ai envisagé six fois de me suicider. Envisagé sérieusement, je veux dire : je me suis installé six fois avec le gros flacon de clonazépam à portée de main et j'ai échoué six fois à le prendre, trahi par un instinct de survie ou dégoûté par ma propre faiblesse.

 

Je ne peux pas dire que je souhaite avoir réussi, parce que, selon toute probabilité, j'ai bel et bien réussi, j'ai réussi à chaque fois. Six morts. Non, pas seulement six.

 

Une infinité.

Fois six.

Il y a des infinis plus ou moins grands.

Mais je n'en savais rien, à l'époque.

 

Robert Charles Wilson

Divisé par l'infini

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Bifrost n° 44

Bifrost n° 44

Hellas touche ses yeux, incrédule, terrifié de les trouver aussi secs que le corps de Lyse. Penché sur sa femme, il voudrait pleurer, pleurer encore, arroser de ses larmes les seins, les épaules, le visage flétris de son amour perdu, mais il demeure immobile, courbé, une pietà de plâtre, stérile, tari. J'ai peur.

Le goût du sang vient sur sa langue et il s'aperçoit que ses dents ont scellé ses lèvres. Il n'a plus de bouche. Il ne veut plus avoir de bouche. Il doit réfréner les cris qui montent en lui. Il les mord avant qu'ils ne sortent. Tais-toi, tais-toi, ou tu embrasseras la révolte et l'horrible folie te prendra, comme elle a déjà pris tes amis. Il est vain de menacer le dieu impie qui vole toute l'eau de leurs femmes. Dieu d'eau. Qui donne la vie, la mort et la folie.

Lyse, ne me laisse pas seul sur la rive, seul devant l'Autre, tout seul à décider de vivre ou de mourir.

Il soulève le corps dont il a tant aimé la souplesse et qui n'est plus que brindilles cassantes. Les bras de Lyse se ferment sur sa taille, ses yeux engloutis le fixent, sa bouche craquelée s'ouvre et, au fond de la cavité obscure, il voit la langue de sa femme bouger tel un animal prisonnier. Deux mots chuintent, forcés contre le palais asséché :

« Emmène-moi. »

Joëlle Wintrebert

Hydra

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