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Les critiques de Bifrost

Thinking Eternity

Thinking Eternity

Raphaël GRANIER DE CASSAGNAC
Dédales
288 pp - 19,00 €

Bifrost n° 78

Critique parue
en avril 2015
dans Bifrost n° 78.

9 novembre, une date funeste dans l’histoire de l’humanité. Des terroristes répandent un gaz mortel dans des stations de métro du monde entier. Plusieurs milliers de personnes meurent à travers la planète. Quelques rares individus survivent, mais y perdent la vue. Adrian Eckard est l’un d’eux. Ce biologiste de haut niveau va profiter de la greffe d’un œil révolutionnaire. Homme augmenté, mais complètement bouleversé par cet événement tragique, il change de vie. Il va désormais partager son savoir avec ceux que le monde a laissés de côté, créant ainsi, sans le vouloir, un mouvement mondial, le thinking. De son côté, sa sœur, brillante neuro-informaticienne, est approchée par Eternity Incorporated. Cette entreprise tentaculaire, à la fortune considérable et à l’influence non moins importante, cherche des moyens de sauver l’espèce humaine : villes protégées par des bulles, intelligences artificielles, etc. Malgré eux, frère et sœur vont se trouver mêlés à des intrigues telles que le visage du monde en sera durablement modifié.

En 2011 paraissait Eternity Incorporated, chronique d’un monde ravagé par un virus exceptionnellement efficace. Thinking Eternity nous raconte comment on en est arrivé là, comment l’humanité a couru à sa perte. Une réflexion sur l’avenir de nos sociétés, en somme : peut-on continuer en laissant dans l’ignorance, la pauvreté et la faim, une grande partie de l’humanité ? Pour Adrian, la réponse est non, plus encore depuis que son regard a été modifié. La solution réside dans le savoir, un savoir accessible à tous, chaque habitant de la planète, d’une part grâce à un réseau fiable et gratuit, mais aussi par la vulgarisation des connaissances scientifiques et leur traduction dans la plupart des langues. Diane, elle, explore une autre voie : la création d’I.A. capables de pallier les faiblesses des êtres humains, de guider les civilisations vers la paix et la prospérité. Deux directions pas forcément incompatibles, portées par des personnages riches et complexes dont les doutes ponctuent l’intrigue, offrant de fait la possibilité au lecteur de s’interroger sur ce thème capital, de remettre en question ses propres certitudes.

Récit à deux voix, Thinking Eternity se lit vite. Trop, peut-être (c’est là le seul reproche qu’on pourrait faire à ce roman SF construit comme un thriller à la mécanique un peu trop apparente). Les chapitres courts, les re-gards croisés sur les événements confèrent à cette chronique d’une mort annoncée un rythme efficace. D’autant que certaines des pistes suivies par les deux personnages principaux semblent des plus crédibles et nourrissent une réflexion stimulante. Les complots succèdent aux tentatives d’assassinat, les coups de théâtre aux choix cornéliens, le tout sans temps mort. On souligne parfois dans nos pages le peu d’appétence des auteurs français pour cette SF qui pense le monde et ses enjeux actuels. Si Thinking Eternity manque peut-être encore un peu d’ampleur, pêche parfois du fait d’un cadre narratif un tantinet rigide, Raphaël Granier de Cassagnac nous rappelle ici qu’il n’en est pas moins un véritable auteur de science-fiction. Francophone, qui plus est. Voilà qui n’est pas si courant, et mérite qu’on y re-garde d’un peu plus près : il y a là de quoi y trouver son compte.

Raphaël GAUDIN