e-Bélial' Nouvelles

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Chaque mois, Le Bélial' vous propose une nouvelle gratuite à lire sur le blog Bifrost ou à télécharger. De nombreuses nouvelles sont également disponibles gratuitement en permanence, un bon moyen de tester nos livres numériques avant d'en acheter pour de bon.

Certaines nouvelles sont extraites de recueil, vous les reconnaîtrez au symbole .

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La Bataille d’Ophiuchus

La Bataille d’Ophiuchus

La bataille d’Ophiucus dure depuis près de deux siècles. Quand le vaisseau Rey-Hiroun fait escale sur Thiège II, c’est l’occasion pour l’équipage épuisé de se délasser et de profiter des plaisirs qu’offre la planète : repos, bonne chère, et femmes… Sway, le second du Rey-Hiroun, rencontre la jeune Criilje. Mais leur idylle naissante est contrariée par le départ prochain du vaisseau : la guerre continue de faire rage et impose aux équipages les dures conséquences de la relativité…

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Les Jardins de Ménastrée

Les Jardins de Ménastrée

Glément Mournier n’a qu’un but dans la vie : mettre fin à la dynastie des d’Immarsys, cruelle lignée qui règne non seulement à travers l’espace mais aussi le temps… Mais ç’est le moindre des problèmes pour Glément, qui est lui aussi un voyageur temporel. Plus ennuyeux pour lui, outre l’immoralité des d’Immarsys, est leur immortalité : comment tuer ceux qui sont déjà morts ?

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Lune de feu

Lune de feu

Le responsable de la fin du monde, c’est lui, Ludwig Rendhel. Par la faute de l’une de ses inventions, la lune s’est transformée en une sphère enflammée qui détruit la Terre le 12 août 1962. Voyageur du temps, Rendhel revient sans cesse en ce même après-midi pour prévenir la catastrophe. C’est toujours la même chose, c’est toujours la même journée, et la belle jeune fille est toujours la même…

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Exit on passeig de gracia

Exit on passeig de gracia

Miguel est photographe et vit à Barcelone avec ses deux amies, Lucia et Eulalia. Mais dans quel Barcelone ? Celui de 1910, où la Sagrada Familia est encore en construction et où Antonio Gaudi périra, victime d’un accident ? Ou bien celui de 1996 ? Tant tous les cas, « on » le poursuit.

Étrange course temporelle, composée de fragments comme autant d’instantanés, Exit on Passeig de Gracia est l’un des textes les plus personnels de Michel Demuth.

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À Mélodie pour toujours

À Mélodie pour toujours

Meurtrier, son châtiment sera des plus pervers. On l’a enfermé dans une matrice virtuelle, où il revit toutes les périodes les plus noires de l’Histoire, jusqu’à atteindre Mars, où il retrouve Mélodie. Mélodie Everett-Da Silva, la belle qu’il aurait voulu oublier et qui sera sa malédiction. Un hommage à Serge Gainsbourg.

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Extermination Highway

Extermination Highway

Thomas est en prison pour un crime raciste qu'il a bel et bien commis. À sa sortie, homme nouveau, il fait la connaissance d'une Amérindienne qui va lui montrer sa véritable nature. Car Thomas est aussi un loup, qui déambule dans les carcasses automobiles d'Extermination Highway. C’est là qu’il trouvera, peut-être, sa rédemption.

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Dirty Boulevard

Dirty Boulevard

Thomas est médecin urgentiste à Paris. Alors que la crise conjugale guette, il découvre le petit monde interlope des catacombes et de des carrières. Là, aux tréfonds de l’underground parisien, il rencontre la diabolique Maneki Neko, actrice porno et sorcière, grande spécialiste de la transgression.

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Punishment Park

Punishment Park

Thomas est écrivain. Du moins, c'est ce que croit son entourage. En réalité, il s'agit d'un imposteur hanté par le fantôme de celle à qui il a tout volé, une certaine Eddie qui s'apprête à le guider jusqu'aux escaliers qui descendent vers l'enfer.

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Le Serpent à collerette

Le Serpent à collerette

Au pays des Forêts Secrètes se trouvait jadis, en bord de mer, une petite ville austère et gaie nommée Gurmance. Les maisons, blanchies à la chaux, avaient des colombages de couleur, des fenêtres aux carreaux minuscules, des balcons fleuris de colchiques et des toits dont les tuiles vertes luisaient au soleil. Des ruelles pavées de galets serpentaient entre le vieux port, la place des kermesses, l’hôtel du bourgmestre et la chapelle des Trépassés. Et, dans les cent boutiques qui s’y égrenaient, on vendait de la céramique, du drap, des sarcloirs, du pain bis, des ex-voto, des tranches d’espadon et des poupées de cire.

L’une de ces maisons avait été baptisée la Chaumière Bleue, car, bien qu’arborant des poutres d’un bel azur, elle était couverte non de tuiles mais de chaume. Un marin pêcheur, Renaud des Îles, y vivait avec sa famille. Ses ancêtres, venus des archipels de la mer des Glaces, s’étaient installés à Gurmance un siècle plus tôt. Avec sa barbe blonde et son teint brûlé par le soleil, c’était un homme de cœur, qui affrontait les épreuves de la vie avec un sourire inaltérable. Tout le monde, en ville, savait qu’il était bon époux, bon père, et que pour soutenir un ami en péril, il n’eût pas hésité à défier jusqu’au dragon des Sept Gouffres.

Sa femme s’appelait Annelore. Aussi brune qu’il était blond, gracieuse à ravir, elle passait, selon la loi des femmes de pêcheur, de longues journées à l’attendre, tandis qu’il traquait en mer le congre d’argent et le saumon d’or. Pendant ce temps, pour ne pas penser aux récifs ni aux tempêtes, elle laissait ses doigts courir, inlassables, sur son métier de dentellière. Et, qu’on lui commandât napperons, bonnets, mouchoirs ou tabliers, elle les ornait de motifs si admirables qu’on repartait de chez elle ébloui, en répétant à la ronde qu’elle était la plus habile brodeuse du canton.

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Mérélune

Mérélune

La mer est bonne sorcière. Elle perd l’homme qui la sert.

À Raïmo le pêcheur, elle donne des congres, des baudroies, des langoustes. Du fil à retordre, surtout. À longueur de journée — la nuit aussi, parfois —, il trime sur son bateau, tire sur ses filets, joue de la voile et de la rame, défie eau, sel et vent, durcit ses muscles en un corps à corps qui n’en finit pas. Elle, en échange du poisson qu’elle lui accorde, lui prend sa jeunesse, mois par mois, sans qu’il s’en aperçoive, sinon quand il rentre chez lui, le soir, dans sa maison aux pierres couvertes de lichen.

Sa jeunesse… Il va sur ses quarante ans, bientôt. Boiteux de naissance, il n’a pas trouvé les mots pour dire aux filles du pays que, faute de savoir danser, il avait le pied marin et de l’endurance pour deux. L’une après l’autre, elles en ont choisi de plus beaux. Alors, par les aubes claires de juin, il prie en secret Mérélune, la Dame du fond des eaux, de lui envoyer une femme?: une épouse qui l’aimerait, tiendrait son foyer, s’inquiéterait devant un ciel trop noir, se signerait les jours de tempête?; et, avec elle, un fils à qui il apprendrait à naviguer, à remonter les courants, à lancer un filet sur un banc de maquereaux…

Mais rien ne vient. Dans les grottes liquides des profondeurs, la Dame des légendes reste indifférente à sa supplique. Il sait bien, d’ailleurs, qu’il est dangereux de l’invoquer. Aux hommes qui lui déplaisent, ses doigts transparents lancent parfois des sorts. De ceux dont on ne parle qu’à voix basse…

Des sortilèges de verre.

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La Nouvelle Alice

La Nouvelle Alice

Un beau dimanche de juin, peu après son retour d’outre-miroir, Alice fut invitée chez son oncle Donatien-Alphonse, marquis de S., qui venait d’acquérir dans le Cheshire un manoir entouré de sulfureux ombrages. Sous les dorures de la salle à manger, entre des tapisseries figurant les ébats des satyres et des nymphes, un délicieux repas lui fut servi : une terrine de lapereau Attila, un agneau tendre comme une fossette de bébé, un apple-pie Messaline nappé d’un coulis si parfumé qu’elle en reprit trois fois. Presque aussitôt, pourtant, elle sentit que la tête lui tournait et demanda que l’on ouvrît un peu la fenêtre.

« Le déjeuner est fini, observa son oncle. Jusqu’à l’heure du thé, tu peux t’amuser à ta guise… Moi, je vais m’accorder une petite sieste. »

Là-dessus, il gravit l’escalier de marbre qui menait à sa chambre, suivi par un robuste garde-chasse et deux servantes d’une figure exquise.

« C’est singulier ! songea Alice. Pourquoi lui faut-il tant de monde pour une simple sieste ? »

À vrai dire, elle était un peu déçue de se voir ainsi abandonnée. Mais, en petite fille bien élevée, elle garda ses réflexions pour elle. Puis, ayant cherché un instant comment égayer son après-midi, elle se prit à frapper joyeusement dans ses mains.

 

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Peinture de nuit

Peinture de nuit

Au-dehors, la nuit gronde. Les cieux se délitent. La pluie tombe avec une obstination mauvaise, changeant les rues en bourbiers, grêlant la surface des canaux, pénétrant fenêtres et toits. Dans les bas quartiers, de rares passants cahotent entre les flaques. Çà et là, un néon clignote, puis s’éteint. Mais personne ne lui accorde un regret : on fuit la tourmente, on se terre dans les maisons. L’ombre et l’orage pèsent depuis si longtemps qu’il semble que le soleil ne se lèvera jamais. Plus d’aurore. Plus de jour. Des ténèbres striées d’eau jusqu’à la fin des temps…

 

« Et le bleu du ciel, alors ? » s’enquiert le berger Tircis, adossé à une souche, les jambes croisées dans l’herbe fraîchement peinte. « J’aimerais bien le voir, tout de même ! Quand vas-tu t’y attaquer ? »

Ses cheveux gris en bataille, Albrecht ne répond pas. Du bout du pinceau, il achève de fignoler une pâquerette, histoire d’éclairer un peu le tableau. Puis il se recule et considère son œuvre. Ah, retrouver la grâce des pastorales d’antan… La pièce est extrêmement sombre, et les journaux qui colmatent la lucarne n’arrangent rien. D’ailleurs, quelle lumière attendre de l’extérieur ? L’averse a eu raison du réverbère du coin. Quant à la lueur des éclairs, elle détruit tout ce qu’elle touche.

Ma chandelle est morne,

Je ne vaux pas mieux.

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La Gantière et l’équarisseur

La Gantière et l’équarisseur

Au début des années 1900 se trouvait dans le vieux Chaumont, à quelques rues de la basilique Saint Jean-Baptiste, une boutique de frivolités, Au Fil des Jours, tenue par une certaine Mme Margaux. Celle-ci, la cinquantaine phtisique, toujours vêtue de mauve, passait pour un peu sorcière. Toutefois, entre les foulards et les gants, les guipures et les éventails, elle vendait de si belles choses que les dames de la bonne société saisissaient le moindre prétexte pour franchir le pas de sa porte.

Son unique employée était une jeune fille de vingt-deux ans, Cyprène Tilleul : aînée d’une famille de treize enfants, dont un idiot, elle avait dû travailler très tôt dans une de ces ganteries qui faisaient la renommée de la ville. Jusqu’au jour où Mme Margaux, ayant remarqué son courage, son joli minois et ses talents de cousette, lui ouvrit sa boutique où elle ne tarda point à la traiter comme sa fille.

Dans le tourbillon des rues marchandes, la gantière, svelte et gracieuse, très brune, les yeux vifs, aurait facilement pu trouver un époux. Bottiers et ébénistes ne demandaient qu’à lui conter fleurette. Mais ses frères et sœurs coûtant cher à nourrir, elle songeait plus à l’ouvrage qu’à la bagatelle. Le seul qui aurait pu lui plaire, d’ailleurs, un robuste gaillard nommé Roger Brisecorps, avait une réputation redoutable : à vingt-huit ans, il écumait les bistrots avec une bande de vauriens ; on le disait mêlé à plus d’un mauvais coup ; et, lorsqu’elle le rencontrait, il avait beau lui décocher un regard bleu roi, il ne daignait pas lui adresser la parole : que la cause en fût l’arrogance ou la boisson, elle se hâtait de passer son chemin.

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Rire de verre

Rire de verre

Mille huit cent soixante-cinq fut une de ces années bénies où, si l’on en croit les livres d’Histoire, il ne se produisit rien de notable : ni guerre, ni révolution, ni assassinat de tête couronnée, ni incendie ravageant la capitale — rien. Le Second Empire se contentait de briller de tous ses ors. Et, pour que les Parisiens se croient promis à un bonheur sans fin, l’été, lumineux, embaumait la cannelle et le mimosa.

Simon Piérac, trente ans, joli garçon, vivait dans une mansarde assez spacieuse pour qu’il s’y sentît à l’aise, et suffisamment isolée pour que nul ne s’interrogeât sur ses habitudes. Au milieu d’un mobilier sommaire, quoique de bon goût, le seul objet remarquable était une grosse malle aux bois arrondis, aux cuivres luisants, où il rangeait ses trésors avec méthode.

Acteur manqué, le physique ne compensant pas toujours l’absence de relations, il travaillait comme accessoiriste au théâtre des Privilèges sous les ordres de la redoutable Mme Olympe, costumière en chef : une matrone à la voix de stentor et à l’imposante coiffure queue-de-vache. Face à elle, il s’astreignait à se montrer efficace, docile et surtout respectueux. Ce qui n’empêchait pas l’autre de le rabrouer à tout propos. L’hiver précédent, pourtant, clouée au lit par une forte bronchite, elle dut se résoudre à lui confier sa clef de la Réserve, à la condition expresse qu’il la lui rende dès son retour. Accueillant cette marque de confiance avec l’humilité requise, il s’en montra digne en tout point. À ceci près que s’il restitua bien la clef, il prit soin d’en garder un double, fabriqué à la hâte par un serrurier complaisant.

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Peter Paon et la fée Crochette

Peter Paon et la fée Crochette

Peter Paon et la fée Crochette sont tous deux nés d’une coquille : non point un riche coquillage entouré de tritons et de néréides comme la Vénus de Botticelli, mais plus modestement une coquille d’imprimerie qui, pour minime qu’elle fut, n’en eut pas moins des conséquences désastreuses.

On était en 1925. Un petit éditeur de Rocambourg-sur-Loir s’apprêtait à publier une traduction — officieuse — du Peter Pan de J. M. Barrie. Il en confia le manuscrit à Léon Grimaz, imprimeur de la région, qui, peu stimulé par ce texte pour enfants, chargea son apprenti d’en réaliser la typographie. Celui-ci, un frais jeune homme du nom de Nicaise Tourtelier, s’acquitta de sa tâche avec le plus grand soin. Quelques jours plus tard, rose d’émotion, il apporta à son patron le premier jeu d’épreuves.

Quand le placide Léon Grimaz les eut examinées, il entra dans une colère épouvantable.

La première erreur, déjà fâcheuse, portait sur le titre : le nom du héros était orthographié, non Peter Pan, mais Peter Paon. Quant à la deuxième, elle passait les bornes : tout au long du texte, la charmante fée Clochette se voyait affligée du pire des sobriquets.

« Elle ne s’appelle pas Crochette ! hurla-t-il au pauvre Nicaise, terrifié. Mais Clochette : comme une cloche… Cloche que tu es !…

— Faites excuse… Je… Il y avait… ce capitaine Crochet… J’ai cru que…

— Imbécile ! Même pas fichu de lire un bouquin pour les gosses. Et ça veut devenir imprimeur ! Répare-moi ce gâchis d’ici demain. Sinon… la porte ! »

 

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Le Cœur à trois temps

Le Cœur à trois temps

Au pays des Forêts Secrètes se trouvait jadis, au pied des montagnes, un bourg pieux et cossu du nom de Bilgors. Les maisons, bâties en sapin, étaient laquées de blanc, avec des balcons dentelés, des volets roses, bleus, mauves et des toits d’ardoise. Un gave, où nageaient des truites à ocelles et des barbeaux-chats, l’arrosait de ses eaux sauvages.

À cette époque, la coutume voulait que l’on associât au nom de chaque enfant celui d’un oiseau, qui en devenait alors le protecteur. Un petit garçon fut ainsi baptisé Jean-Courlis, en l’honneur du courlis cendré qui visitait parfois le jardin de ses parents. À vrai dire, son père eût préféré l’appeler Jean-Courage, histoire de lui inculquer d’héroïques vertus. La tradition ne le permettant pas, il dut se contenter de cette demi-mesure. Mais il ne le pardonna ni à la mère — une jolie brune du nom de Marie-Mouette — ni à l’enfant lui-même. Lorsque, six mois plus tard, il s’amouracha d’une danseuse de corde, il déclara qu’il refusait d’élever un mioche affublé d’un nom si ridicule. Là-dessus, adieu famille : il s’envola dans les jupons de la créature et on ne le revit jamais.

Marie-Mouette, aussi adroite que gracieuse, mania le fuseau sans relâche pour donner une enfance convenable à son fils. Celui-ci l’en récompensa en étant sage à l’école, en ne tombant jamais malade et — lorsqu’elle était triste — en lui chantant de vieilles romances. Voyant qu’il avait un don pour la musique, elle lui offrit un luth le matin de ses dix ans. De cela aussi elle fut récompensée, car il apprit très vite à en jouer — et avec un talent remarquable.

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Le Propagateur

Le Propagateur

Rien ne laissait présager, dans l’après-midi finissant d’un mois de juin ensoleillé, le drame qui devait conclure l’excursion du jeune couple amoureux de la nature. Florence Sabaune et Paul Muclaye avaient pratiqué l’ascension d’une des gorges du Caroux à partir de Colombières-sur-Orb, guetté les bouquetins en arpentant le plateau jusqu’au point de vue qui déployait à leurs pieds les charmes de la vallée en contrebas, et emprunté une autre gorge entre Saint Martin et Colombières pour rejoindre leur véhicule. Ils avaient marché d’un bon pas, s’étaient reposés dans des endroits permettant de profiter du paysage et se félicitaient du beau temps qui les avait accompagnés malgré l’annonce d’une météo maussade. C’était une balade des plus ordinaire, dépourvue du moindre désagrément, à l’exception d’une bonne et saine fatigue. Peut-être même celle-ci figurait-elle parmi les menus bonheurs de la journée, comme preuve du périple accompli, endolorissant juste ce qu’il fallait les muscles des jambes et du dos.

« Y’en a encore pour longtemps ? demanda Florence Sabaune en se grattant le bras.

— Pas vraiment. Après la rivière, on longe ce champ et on rejoint le sentier qui mène à la voiture. »

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Miroirs mutilés

Miroirs mutilés

Et je regarde au loin et vois

Une jeune fille de 17-18 ans tenant d’une main des fleurs

Et de l’autre une baguette d’encens

 

Grand-mère Chiaki égrenait les notes d’une vieille mélopée, le regard perdu dans les nuages. La chanson appartenait au folklore de la province d’Hokkaido et parlait d’un père mort au combat, sur la tombe duquel se rendait la jeune fille. Jadis les enfants la chantaient en jouant à temari. La contemplation du ciel à travers la fenêtre ne l’empêchait pas de jeter à intervalles réguliers des regards sur l’homme qui, à la table de la cuisine, coupait des légumes en dés avec une régularité de métronome. La précision avec laquelle il débitait des rondelles d’égale épaisseur fascinait et effrayait à la fois. Devant lui, le wok était branché, prêt à envelopper la préparation de bouillants nuages. Les paupières lourdes de Chiaki couvaient aussi des orages.

« Tes cheveux ne repoussent pas, Yasuro. Tu devrais couper le côté qu’il te reste. »

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L'Appel de la nébuleuse

L'Appel de la nébuleuse

La Nébuleuse, un ventre de soleils en gestation perdu dans l’immensité du vide.

Un vide plein, frissonnant d’énergie contenue, prête à amorcer, par une mystérieuse alchimie, les complexes processus de naissance de la matière.

Le nuage de gaz et de poussières déploie de riches promesses dans ses lentes invaginations. Le théâtre de son silencieux ballet brille de milliards d’yeux cyclopes rayonnant de fascination. Les soleils en arrière-plan éclairent la scène où la nébuleuse exécute sa danse sensuelle, projecteurs révélant sous la transparence des voiles vaporeux les formes fécondes de son si vaste corps.

Ses deux jambes longilignes, d’une longueur de trois quarts d’année-lumière, s’agitent au rythme du souffle stellaire qui émane de son centre. Son déhanchement millénaire présente à d’hypothétiques prétendants sa féminité stellaire.

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La Créode

La Créode

Il rugit. C’était le dernier jeu inventé par les jeunes Ouqdar. Peu d’entre eux arrivaient à reproduire toute la gamme des sons émis par leur animal fétiche. Damballah seul en maîtrisait toutes les modulations.

Il rugit et son cri se répercuta longtemps de miroir en miroir avant de se briser sur les parois rocheuses. L’acoustique était parfaite dans le cirque désert. Damballah aimait s’y installer dès l’aube. À cette heure, il pouvait chevaucher ses rêves sans risque d’être interrompu.

Damballah rugit encore une fois. Pour le plaisir C’était le cri du lion blessé et le jeune Ouqdar était presque trop convaincant. Les hurlements sont des soupapes qui permettent d’exhaler bien des souffrances…

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Hétéros et Thanatos

Hétéros et Thanatos

L’haleine lourde du village s’exhalait en effluves épicés. L’air bougeait à peine. Dans les embrasures des portails, le crépuscule entassait des ombres. L’homme blanc s’arrêta devant l’entrée d’une masure. La porte s’ouvrit, avala prestement le visiteur. La nuit s’appropriait la rue.

 

 

« Assieds-toi, Sélénite. »

Acceptant l’invite de la femme, Sélèn — dit le Sélénite — s’installa dans un fauteuil aux courbes raides, adoucies par des coussins de plume. En face de lui, son hôtesse, très droite, serrait ses mains contre son ventre pour les empêcher de trembler. Sur le lit dont la présence massive mangeait le quart de la pièce, le compagnon de la femme attendait, recroquevillé. Par moments, un spasme d’inquiétude bouleversait son visage taciturne.

L’homme blanc se contraignit à ne pas sourire.

Tôt ou tard, tous, ils venaient à lui malgré leur répugnance. Il n’est pas de peur qui ne soit vaincue par le désir et la curiosité. Bien sûr, la première fois, c’était très difficile. Mais Sélèn savait attendre.

 

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Qui sème le temps récolte la tempête

Qui sème le temps récolte la tempête

« Ordalie, Ordalie », appela la mer.La mer immense et belle et douce. « Viens », dit-elle encore. » Viens noyer le feu qui te dévore au creux de mes eaux vives. Serre ton corps, tes poings, tes yeux, tes lèvres, et viens t’abîmer en moi. »

 

 

La flèche du gnomon marin étendait une ombre gigantesque et troublée vers le flotteur Ultime-du-Ponant. Le cockpit cristallin accroché au sommet de la haute tour fuselée frémissait sous l’étreinte des vents. Au centre de l’habitacle, oscillant avec lui, Ordalie contemplait la mer incandescente, irradiée par le soleil couchant. Jamais encore elle n’était venue aussi tard. La nuit tomberait vite, maintenant. Les risques allaient en être considérablement accrus. Un frisson courut le long de son échine. L’ombre de la peur ? En prendre conscience l’aiguillonna. Elle assujettit plus étroitement le symbiote derrière son crâne, riva le masque à son visage et appuya sur la commande d’ouverture du cockpit. En vain.

 

TEMPÊTE IMMINENTE – SAUT FORMELLEMENT DÉCONSEILLÉ – CASCADE INCONTRÔLABLE – JE N’ASSUME PAS LES RISQUES – TEMPETE IMMINENTE – SAUT FORMELL…

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Le Nirvâna des accalmeurs

Le Nirvâna des accalmeurs

Ses pensées s’étiraient en volutes, tournaient paresseusement dans sa tête comme un fluide un peu trouble. Léni oscillait au bord du monde qu’il lui fallait atteindre jour après jour pour gagner son pain, mais il ne réussissait pas à basculer dans son imaginaire, son esprit refusait de se convertir au vide nécessaire et Léni restait en retrait, hanté par La Voix.

Plaisir, le service télématique complexe auquel Léni se trouvait connecté, décida d’intervenir. Son baryton serein emplit les écouteurs de l’habituelle psalmodie douce :

« Calme calme calme. Relaxe. Relâche tout. Vide ta tête. Lisse ton visage. Détends tes yeux, tes mâchoires. Ton corps est chaud. Tes membres sont lourds, lourds… »

Les consignes physiologiques ne suffirent pas et Plaisir ajouta : « Fais-le pour eux. Tu dois leur délacer ton univers. Ouvre-leur la tendre poche marsupiale de tes rêves. Laisse-les se blottir en toi. Permets-leur d’oublier leur misère, d’accéder au nirvâna des accalmeurs, ce paradis sans lequel leur vie ne serait qu’un enfer… Voilà… C’est bien… Tu flottes. Ton corps anesthésié a perdu ses limites. Tu n’es plus qu’esprit, mental, images, flux d’images… »

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Le Verbiage du Verbic

Le Verbiage du Verbic

« Dieu de Dieu, dit l’enfant, tu ne crois tout de même pas que je vais voter pour ces ordures ? »

C’était dit d’une voix tranquille. Très, très définitive. La question était une réponse et une réponse négative. J’admirai Axel de garder son impassibilité.

« Écoute, ma choupinette, répondit-il — mais tout compte fait, son sourire était un peu crispé —, t’emballe pas et réfléchis un peu. Ces ordures, comme tu dis, c’est tout de même grâce à elles que tu te trouves au CEA, non ? Et si elles ne gagnent pas les élections, sais-tu que tu risques fort de te retrouver à la rue ?

– Parle pour toi, Axel. Tu sais très bien que dans trois mois, je suis vidée du centre. J’ai atteint la limite d’âge, pas vrai ? Stade Réinsertion Vie Sociale, alors tes marionnettes aux bouches sales et aux mots creux, tu peux te les mettre. J’en ai rien à foutre de voter.

– Mais, ma chérie…

– Ah, et puis cesse de m’appeler avec ces noms d’oiseaux ! Ma chérie par-ci, ma choupichose par-là, et puis quoi encore ? Je ne suis ni ta fille, ni ta femme, ni ta maîtresse, j’ai bientôt quatorze ans et un prénom : Myrtille. Il ne t’est pas interdit de t’en servir à l’occasion. »

 

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Il ne faut pas jouer avec les enfants

Il ne faut pas jouer avec les enfants

Dans la rue, les bâtisses ont des allures de concierges accroupies. Leurs faciès sont couturés de cicatrices et leurs bouches édentées exhalent des soupirs.

Tapies à croupetons dans des allures obscènes, loqueteuses, tavelées et soutenues de béquilles, elles cèlent dans une étreinte secrète un monde de cerveaux pourris à leur image.

 

 

Dans la rue, Marieke joue. L’enfance est reine et fait des plus pauvres lieux son royaume.

Dans la rue, Marieke joue.

Au-dessus de sa tête — qu’elle tient renversée en arrière, avançant en aveugle, un de ses jeux favoris —, le ciel en éruption écoule lentement sa lave.

Un bruit de pas. L’enfant redresse vivement la tête. Une grosse femme la croise en la dévisageant, l’air désapprobateur.

 

 

Marieke est jeune et belle. Treize ans. Encore enfant, déjà femme. Elle fait un pied de nez à la matrone, tire sur son pull trop court comme tout ce qu’elle possède — elle a beaucoup grandi ces derniers temps — et s’engouffre dans un nouveau jeu.

 

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Et après ?

Et après ?

« Omphale, ma douce femme aux cavernes profondes, comment les hommes t’ont-ils traitée pour que ton ventre demeure aussi stérile ? Pourquoi nos socs et nos semences n’arrivent-ils plus à féconder ton corps ? Qu’adviendra-t-il si se tarit le flux raréfié de tes eaux noires ?

« Omphale, femelle marâtre, tes lèvres avides nous dévorent, mais si tu cesses de remplir ton rôle de mère nourricière, la mort te prendra toi aussi, la mort blanche à l’affût sur la frontière, juste derrière la barrière d’oyats, la mort solaire, compagne du désert sans merci… »

 

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La Femme est l’avenir de l’homme

La Femme est l’avenir de l’homme

Elles ont ouvert ma boîte.

Les filles.

J’avais dit : on me réveillera le jour où la violence aura cessé de régir ce monde.

Quand je suis sortie de la phase cristalline, quand j’ai cessé de ressembler à une gourde engourdie (à mon âge, difficile de réapprendre à boire, à marcher, à pisser, à parler quasi une nouvelle langue), elles m’ont expliqué d’un air réjoui : le problème de la Terre, c’était les hommes. Nous l’avons résolu, il n’y a plus d’hommes.

Elles ont ajouté : tu es notre mère à toutes. La fondatrice de ce nouveau monde. Si tu n’avais pas trouvé les moyens de la parthénogenèse, la race humaine se serait éteinte, minuscule accident de l’évolution, arrivé au bout de son cul-de-sac.

Plus d’hommes.

Dans ma gorge, l’angoisse et le chagrin enflaient, douloureux, impossibles à déglutir. La parthénogenèse avait été conçue pour pallier le déficit des naissances de filles. On réserverait ainsi le clonage infiniment plus aléatoire et coûteux aux naissances de garçons, en attendant d’avoir résolu le problème de l’infertilité masculine, devenu critique dès le milieu du troisième millénaire.

J’avais été si sûre de moi dans les premiers moments de ma trouvaille. Si gonflée d’orgueil. Si persuadée d’être celle qui permettrait le sauvetage de l’humanité.

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La Journée de la guerre

La Journée de la guerre

« Non ! Je vous en supplie, pas elle ! »

Murmure. Il n’a plus de cris. Trop de douleur. Sa voix s’est cassée. Dans sa bouche, le goût du sang, âcre, rouillé.

Le grand sans oreilles se penche sur lui. C’est le pire : il affecte d’être gentil. Il secoue toujours la tête d’un air affligé quand ses acolytes torturent.

« Pas elle ? dit sa voix douce. D’accord. Mais tu nous dois des réponses. »

Idris s’agite dans ses liens. À quoi bon répéter pour la millième fois qu’il ne sait rien, qu’il ignore jusqu’au sens de leurs questions. Il répète, pourtant. De sa voix qui s’est cassée. Son chuchotement a la force d’un cri.

Peine perdue. Ils se sont mis à trois. Devant lui, ils la violent. Sa fille, sa Leïda, son bébé, la chair de sa chair. Onze ans à peine.

Il voudrait être aveugle. Il voudrait être sourd. Il voudrait être mort. Jamais avant ce jour il n’avait imaginé la mort comme une délivrance. La fin de ce qui n’est pas supportable. Est-il lâche de souhaiter le néant ?

 

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Pur esprit

Pur esprit

A quoi se raccrocher, dans le néant ? Lourèn Aditi n’est que pleurs, elle essaie d’imaginer la sensation des larmes sur ses joues, le nœud des sanglots qui étrangle sa gorge, mais elle n’a plus de joues ni de gorge.

Il lui semble entendre sa voix gémir : « Dieux de miséricorde, réveillez-moi de ce cauchemar. »

Sa voix, à l’intérieur d’elle-même.

Mais elle sait bien qu’il n’y a plus ni intérieur ni extérieur, qu’elle est désormais sans cris, qu’elle ne pourra pas appeler au secours, ni marteler la porte d’une prison matérielle, ni tambouriner jusqu’à l’arrivée d’un geôlier excédé.

Il m’a mise en réserve, se dit-elle, terrifiée. Il n’a tué que mon corps. Je suis sûre qu’il se sent à peine coupable. Qu’est-ce qu’un corps, sinon un amas de chairs reproductibles à l’infini ?

Peut-on survivre réduit à sa mémoire ? se demande Lourèn Aditi qui corrige aussitôt : ce n’est pas ma mémoire, non. Juste une copie. Kish Nergal, tu m’as bien assassinée, corps et âme. As-tu conscience d’être un meurtrier ?

Oui. Oh ! oui. « Ne m’oblige pas à te tuer », n’est-ce pas ce que tu disais ?

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Je la regarde. Elle est mon temple, et ma source, et l’autel de mon sacrifice. Je la regarde et mon ventre se tord et me brûle. J’ignorais avant de la trouver que l’amour c’était aussi la douleur.

Elle dort, mais jusque dans le sommeil elle ne connaît pas le repos. Ses membres ont le mouvement lent d’un grand poisson des profondeurs dans le sombre océan de nos draps bleu de Chine.

Elle est si blanche. Je tremble à l’idée de la perdre. Je rêve souvent que son corps tombe en cendres entre mes doigts. Elle boit mon cri sur ma bouche et me berce. Je suis forte, me dit-elle. J’ai survécu. Et maintenant, tu es là : rien ne peut plus m’arriver.

Elle dit cela, et ses yeux sont froids et solides, et je détourne mon regard. Je voudrais la croire. Natassia, ma survivante. Natassia, au nom d’emprunt choisi pour les faux papiers qui ont sauvegardé sa fuite. Natassia qui assure : je n’ai plus de nom. Ma vieille identité est restée là-bas, au Kazakhstan, avec mon sang et mes larmes.

Je regarde courir sur sa peau les serpents de nacre des cicatrices et je pleure, honteux de mon insistance, de ma volonté de tout savoir d’elle, jusqu’aux sévices passés. Je voudrais connaître l’identité de ses bourreaux, les traquer, puis les marquer un à un, comme ils ont marqué tant de petites filles, en promenant longtemps sur elles un fer rougi au feu.

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