Les critiques de Bifrost

Seeker

Seeker

Jack McDEVITT
TELEMAQUE
352pp - 23,00 €

Bifrost n° 65

Critique parue en janvier 2012 dans Bifrost n° 65

Cette fois, l’éditeur a été bien inspiré de conserver le titre de la version originale pour la traduction, préservant ainsi le double sens que le français « chercheur » eut mal rendu. Seeker est le nom d’un astronef porté disparu aux premiers temps de la colonisation spatiale, 9000 ans plus tôt. Mon Harap’s donne comme premier sens pour (to) seek : chercher (un objet perdu). Or, rechercher des objets perdus est exactement le boulot de Chase Kolpath, l’assistante d’Alex Benedict, l’antiquaire. Dans ce lointain futur galactique, les antiquaires ne se lèvent pas tôt pour courir les vide-greniers en quête d’une belle plus-value avant de filer ventre à terre à la salle des ventes où leur pote, le commissaire-priseur, leur a garanti que les lots intéressants ne seraient pas présentés avant leur arrivée. Pas davantage, ils n’attendent le coup de fil d’un notaire les informant d’un décès prometteur en parcourant la rubrique nécrologique. Dans cet avenir-là, ils enquêtent et se rendent sur site pour trouver les objets rares dont raffole leur clientèle avide et friquée. Mais, comme partout où il y a du flonflon à ramasser, la concurrence est rude, voire impitoyable. A ce jeu-là, cependant, Rainbow Enterprises ne s’en laisse pas compter. Outre ses confrères, Benedict doit aussi faire face à l’opposition des archéologues, universitaires mous du genou mais vindicatifs en diable qui le considèrent comme un vulgaire pilleur de tombes et préfèreraient de loin voir les sites rester introuvés plutôt qu’approvisionnant le florissant marché de l’antiquité.

Le Seeker est l’un des deux astronefs des Margoliens, un groupe dissident qui décida de quitter la Terre à une époque où celle-ci connaissait une noire période de dictature pour aller fonder au bout de l’espace une nouvelle société plus juste et plus humaine. Il y eut trois voyages et l’on entendit plus jamais parler d’eux jusqu’à ce qu’apparaisse dans les bureaux de Rainbow Enterprises une coupe frappée aux armes du Seeker, le vaisseau lié à la colonie perdue de Margolia qui s’est élevé entre-temps au rang d’un mythe comparable à celui de l’Atlantide. Alex Benedict flaire là des bénéfices pharamineux, mais l’enquête menée par Kolpath ne semble aboutir qu’à maintes impasses. La coupe avait eu une histoire mouvementée. Cadeau d’un voyou à sa petite amie qui n’en soupçonnait pas la valeur et la tenait de son père, lui-même voleur… Avec bien de la peine, Kolpath remonte la piste de la coupe, retrouve les victimes du vol vieux de plusieurs décennies qui eux-mêmes la tenaient de parents éloignés morts lors d’un tremblement de terre et étaient explorateurs pour Survey, sorte de méta-administration semblant s’occuper de tout. Il faudra encore à Kolpath retrouver leur astronef, le Falcon, et pour cela, se rendre chez les Muets, seule espèce extraterrestre que les humains ont croisée sur les chemins du cosmos. Dans le même temps, Kolpath et Benedict sont la cible d’attentats de plus en plus violents et expéditifs… Ceci pour pimenter la sauce d’un plat au demeurant un rien fade.

Quelle est la principale activité de Kolpath et Benedict ? Chercher des antiquités à vendre à leurs clients, direz-vous. Perdu ! Leur principale activité consiste à DINER EN VILLE ! Petite robe noire et patati et patata… Il semblerait bien, aux yeux de Jack McDevitt, du moins, que la société du DINER EN VILLE soit la Singularité, l’acmé définitivement insurpassable de la civilisation. 9000 ans d’évolution sur une colonie extrasolaire aboutissent à une séance de brushing chez le coiffeur et manucure… Non. Vous ne verrez pas Kolpath chez son esthéticienne, mais jamais vous ne douterez qu’elle y aille !

Seeker a obtenu le Nébula 2006 et depuis une douzaine d’années, Jack McDevitt truste les places dans la liste des nominés comme naguère Carolyn J. Cherryh et Lois McMaster-Bujold au Hugo. Des bouquins lisibles, certes, même assez agréables, mais sans éclat. Pas de quoi casser trois pattes à un canard ! Bien sûr, on trouve aussi, dans la liste, le fameux Robert J. Sawyer, qui sort tout droit du même tonneau que McDevitt. Sans remonter jusqu’à un âge d’or où étaient listés des Dieu qui venait du Centaure, Tous à Zanzibar, Génocide et autre Babel 17, on peut se demander comment il se fait qu’Eifelheim de Michael Flynn, par exemple, n’y figure pas ! Les voix des jurys sont insondables…

On peut lire : « Loin en contrebas, à la surface planétaire, le soir tombait tout juste et les villes commençaient à s’éclairer. » p. 188. A la surface d’une planète en rotation, à chaque instant, le soir tombe quelque part tandis qu’à 180° de là, le jour se lève. Si le monde présente toujours la même face à son étoile, comme la Lune à la Terre, le soir est permanent à proximité du terminateur, la ligne séparant le jour de la nuit, le soir ne tombant alors jamais. Digne de Bernard Werber ! Là, j’ai failli lâcher le bouquin. Ce genre de connerie me hérisse le poil, mais McDevitt ne les accumulant pas, passons…

La quatrième de couverture est dithyrambique à souhait. Pour Stephen King, McDevitt est l’héritier naturel d’Asimov et de Clarke. Ma cravate à pois, vite, j’ai rendez-vous avec Rama ! Pour Harlan Ellison, la question serait plutôt de savoir qui est assez à côté de la plaque pour ne pas lire McDevitt ? Mes rivières de diamants ne sont-elles pas dangereuses pour la vision ? Certains semblent cependant être bizarrement éblouis. Pour le Washington Post, McDevitt serait le meilleur conteur en activité. Brin et Card n’écrivent-ils plus ? En tout cas, Deepsix m’était tombé des mains, selon la formule consacrée.

Seeker est un livre honnête, assez agréable malgré tout et cousu de fil blanc. Du tout-venant qui ne mérite pas tant d’éloges ni d’honneurs. Prix et citations finissent par le desservir car, en regard, il déçoit franchement. On s’attend à un chef-d’œuvre qui manque… Pas désagréable et encore bien moins indispensable.

Jean-Pierre LION

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