Les critiques de Bifrost

L.G.M.

L.G.M.

Roland C. WAGNER
LE BÉLIAL'
320pp - 15,00 €

Bifrost n° 42

Critique parue en mai 2006 dans Bifrost n° 42

En 1967, la Terre, médusée, assiste à une révélation bouleversante : Mars est habitée ! La preuve : ce cliché envoyé par la sonde américaine Arès-1 juste avant de se crasher sur le sol de la Planète rouge, où l'on peut voir en gros plan un petit homme tout vert qui tire la langue. Trente ans plus tard, et après moult tractations, Mars se décide à envoyer sur Terre un ambassadeur. Mais voici que notre ambassadeur martien est enlevé ! Par qui, pourquoi ? La DGSE mène l'enquête et apprend que l'ambassadeur serait détenu dans le Camps de Mars, une communauté verte hippie installée sur le Larzac. Elle envoie sur place un policier chargé de récupérer l'ambassadeur sans faire trop de casse, mais il s'avère qu'en fait d'enlèvement, l'ambassadeur aurait plutôt fait une fugue. Alors que le policier essaye de persuader en douceur le Martien de rentrer au bercail, le Camps de Mars subit un véritable assaut militaire : explosions, mitraillages, hommes armés jusqu'aux dents. Cette fois, la tentative d'enlèvement est sérieuse. Et ce n'est qu'un début ! Mais quel pays a donc intérêt à enlever l'ambassadeur ? Et surtout, pourquoi ? Entre la fonction de garde du corps de l'ambassadeur et celle d'enquêteur sur le terrain, notre homme de la DGSE aura fort à faire, car dans le monde trouble de l'espionnage et de la politique internationale, les apparences sont souvent trompeuses et la vérité difficile à appréhender…

Cinq ans, c'est le temps qu'il aura fallu aux fans de Roland C. Wagner pour pouvoir enfin lire la conclusion de L.G.M. À l'intention de ceux qui n'auraient pas suivi, L.G.M., découpé en quatre parties à suivre, paraît en 2001 dans la défunte collection des éditions Onyx. Les deux premières parties sont éditées, mais malheureusement l'aventure d'Onyx s'achève avant de pouvoir publier les deux dernières, laissant les lecteurs sur les dents. Cinq années plus tard, donc, L.G.M. sort enfin en un seul morceau, avec un début, un milieu et une fin, comme il se doit. L'attente en valait-elle la peine ? Absolument ! Un Wagner en grande forme, incisif et plein d'humour, pour une Terre uchronique déjantée ou notre auteur en profite pour mordre quelques postérieurs de façon bien sentie. Un découpage des frontières qui reste (presque) le même, mais où le monde politique est à rebrousse-poil. Les Etats-Unis d'Amérique sont en pleine récession (un dollar équivaut à 0,41 euros), gouvernés par un Président sortant, le Petit Buisson (sic), dictateur en puissance qui atteint des sommets de rigidité patriotique et religieuse. De l'autre côté, l'U.R.S.S. est gouvernée par un Gorbatchev éclairé qui conduit son pays à marche presque forcée vers le capitalisme et la démocratie. Inutile de dire que dans ce contexte, la Guerre Froide atteint des proportions grandioses. Au milieu, l'Europe est toujours là, égale à elle-même, molle du genou, quoi. Les Chinois sont également mentionnés. Seuls grands absents, les mondes Arabes et Musulmans ne figurent pas au générique, ce qui fait tout de même un grand trou dans ce tableau au demeurant fort croquignolet, où Roland C. Wagner maîtrise de main de maître l'art difficile de l'uchronie. Tissée toute en finesse, cette toile de fond sert de fondation à une histoire déjantée et assez parodique d'une première rencontre du troisième type, qui tourne rapidement à du Fredric Brown façon moderne : sexe, drogue et rock'n'roll, évidemment.

Le cocktail est une fort belle réussite, donc je vous livre ici la recette. Prenez Roland C. Wagner, découpez-le en cinq et gardez les trois meilleures parties. D'abord le militant, l'homme politiquement engagé, voire enragé, aux opinions bien arrêtées et cependant terriblement humaniste. Et puis, bien sûr, l'écrivain chevronné, technicien hors pair, qui parvient à lier des univers pas forcément compatibles, qui porte en lui des mondes un peu dingues qui vous font valser cul par-dessus tête et qui n'oublie jamais que le rire est le meilleur ami de l'homme. Enfin le créateur, l'accoucheur de personnages et de paysages magnifiques, plein de couleurs, de vie, de fantaisie, souvent farfelus et toujours dépaysants. [Pour les deux autres parties, que je vous laisse deviner, oubliez-les, on ne conserve ici que l'excellent.] Passez au four d'une lecture de quelques heures, et vous voici avec l'un des meilleurs bouquins de l'auteur, tout simplement. Embarquez donc à bord de L.G.M., vous ne serez pas déçus !

Sandrine GRENIER

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