Les critiques de Bifrost

Le Temps du twist

Le Temps du twist

Joël HOUSSIN
FOLIO
304pp - 6,30 €

Bifrost n° 23

Critique parue en juillet 2001 dans Bifrost n° 23

Le titre ne désigne pas les années soixante naissantes mais une boîte de nuit du futur, point de départ de l'équipée d'une poignée d'adolescents. Non seulement le temps du twist est bien révolu quand ces voyageurs temporels débarquent en 1969, mais celui du rock est sérieusement compromis, puisque menacé d'effacement. D'ailleurs, Jimmy Page n'a pas composé sur sa guitare ; il s'est mis à la peinture et Led Zeppelin n'existe donc pas. Quant aux hippies, mieux vaut éviter ces fous sanguinaires adeptes d'une dangereuse et influente secte, la Nouvelle Eglise.

Le voyage temporel dans une Buick Electra n'était pas intentionnel ; le hasard informatique et la nostalgie l'ont provoqué. En effet, la madeleine de (Marcel) Houssin s'appelle la musique : la sono du véhicule n'est constituée que d'enregistrements live de Led Zeppelin qui l'envoient à la date du concert de chaque morceau, depuis qu'a été ajoutée sur la Buick de l'électronique de contrebande aux effets parfois inconnus.

 Orlando, fin connaisseur de Zeppelin et dangereux loup-garou, contraint de s'enfermer les nuits de pleine lune pour ne pas blesser ses proches, a offert la Buick Electra à Antonin, un adolescent si désespéré qu'il ne songe qu'à tirer un coup au moins une fois avant de se suicider. On ne peut lui donner tort, compte tenu de la sinistre époque où il vit, saturée de virus transformant les gens en Zombi Zapf, à moins de s'alcooliser sans relâche et dès le plus jeune âge, troquant ainsi une terrible déchéance contre une autre pas plus enviable.

Dans le véhicule voyagent également Something More, Trafic, Anita, 42-Crew, un as de l'informatique et One for Four, un robot qui s'avérera être leur principal adversaire.

Il ne s'agit pas seulement de permettre à Led Zeppelin d'exister, mais de restaurer le passé avant qu'il ne soit écrasé par celui qui s'est substitué à lui. De la nostalgie, le récit glisse rapidement vers une frénésie survoltée équivalente à celle dégagée par les concerts de Led Zep', pour s'achever dans un dantesque combat cyberpunk.

Le roman est évidemment bourré de références à ces stars du rock et reconstitue fidèlement le Londres des seventies. De véritables morceaux de bravoure parcourent ce livre envoûtant, délirant et survolté, qui fut d'ailleurs et fort justement couronné en 1992 par le Grand prix de l'Imaginaire. Une réédition bien venue.

Claude ECKEN

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