Les critiques de Bifrost

Dimension Brian Stableford

Brian STABLEFORD
BLACK COAT PRESS
20,00 €

Bifrost n° 61

Critique parue en janvier 2011 dans Bifrost n° 61

Voilà quelques années que les éditeurs français semblent s’être désintéressés de l’œuvre de Brian Stableford. Découvert dans les années 70 par les éditions Opta (une dizaine de titres dans la collection « Galaxie-Bis » et un gros roman, Les Royaumes de Tartare, au prestigieux « CLA »), l’auteur a connu un regain d’intérêt vingt ans plus tard (plusieurs romans parus chez Rivages, Denoël ou J’ai Lu) avant de sombrer une nouvelle fois dans l’oubli avec l’arrivée du nouveau siècle. Ce n’est probablement pas la parution confidentielle de ce recueil qui va relancer la carrière de Stableford en France, mais au moins fera-t-elle plaisir à ses admirateurs. D’autant que, bonne nouvelle, la qualité est au rendez-vous.

Des neuf textes qui composent ce volume, trois sont inédits, les autres étant parus sur des supports plus ou moins confidentiels. Pas de ligne directrice visible, les nouvelles sélectionnées relèvent autant de la science-fiction que du fantastique, voire de la fantasy. « L’Exposition secrète », qui ouvre ce volume, est une uchronie faisant partie d’un cycle (« The Wayward Muse ») dans lequel l’empire romain existe toujours au XXe siècle. L’action se déroule sur une île, Mnémosyne, entièrement dédiée aux beaux-arts, et où deux créateurs vont s’affronter jusqu’à la mort. Outre son cadre original, cette nouvelle don-ne à voir une galerie de personnages naviguant entre génie et folie.

Les anciens lecteurs de la revue Cyber-Dreams se souviendront peut-être de « L’Homme qui inventa le bon goût », autrefois paru dans ses pages, où un scientifique découvre une méthode pour adapter le goût des gens à la nourriture plutôt que l’inverse. Une invention qui offre des opportunités nouvelles pour l’ensemble de l’humanité… jusqu’à ce que les industriels s’en mêlent. Sans dramatisation exagérée des enjeux, Stableford opte au contraire pour un point de vue ironique sur ce bras de fer entre idéalisme et pragmatisme, et de manière assez étonnante ce sont les tenants de cette dernière option qui nous sont présentés sous le jour le plus favorable.

Dans un registre très différent, « Les Flûtes de Pan » se déroule dans un futur où l’humanité est devenue immortelle, mais n’a pas pour autant abandonné ses anciennes structures sociales, ce qui va avoir des conséquences dramatiques pour un couple dont l’enfant présente des symptômes inquiétants. Une tragédie intime mettant en lumière les dysfonctionnements d’une telle société. Tout aussi grave est le ton de « La Grande chaîne de la vie », où une femme atteinte d’un cancer en stade terminal choisit, contre l’avis de ses proches, d’accéder à une certaine forme d’immortalité. Parmi les textes relevant de la S-F, seul « Les Immortels de l’Atlantide », court récit dans lequel une femme est séquestrée par un inconnu, peine à convaincre.

Au cours de sa longue carrière, Brian Stableford s’est également adonné de temps à autre au fantastique, et a obtenu quelques beaux succès dans le domaine (Les Loups-garous de Londres et sa suite, L’Ange de la douleur chez J’ai Lu, L’Extase des vampires chez Denoël). Il s’y essaie également ici avec « Après l’âge de pierre », amusante nouvelle où les vampires font fureur auprès d’une partie de la population féminine. Plus ambitieux, « Le Sauvetage du Titan, ou la futilité revisitée » invite à bord d’un paquebot quelques grandes figures de la fin du XIXe siècle, réelles ou fictives (Alfred Jarry et Rocambole, Mark Twain et Allan Quatermain) pour une grande cérémonie mystico-pataphysique. Terminons par deux récits plus anecdotiques : « Le Mal que font les hommes », conte moral plaisant mais beaucoup trop long, mettant en scène un ancien monarque particulièrement cruel qui, en tentant de s’amender, ne va parvenir qu’à aggraver la situation, et « L’Elixir de jouvence », où un cadavre enfermé dans un tonneau de vin va causer beaucoup d’émois à la cour d’un seigneur local.

Dans l’ensemble, Dimension Brian Stableford est un très bon recueil, autant conseillé aux amateurs de l’œuvre du britannique qu’aux néophytes. On attend déjà avec impatience le deuxième volume, que Rivière Blanche nous promet pour janvier 2012.

Philippe BOULIER

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