Les critiques de Bifrost

Baroudeur

Baroudeur

Jack VANCE
ActuSF
216pp - 9,90 €

Bifrost n° 55

Critique parue en juillet 2009 dans Bifrost n° 55

Ce recueil de Jack Vance reprend cinq nouvelles publiées précédemment dans divers livres parus aux éditions Pocket. Texte parmi les plus célèbres de l'auteur, c'est « Le Papillon de Lune » qui a l'honneur de la couverture, belle et parfaitement adéquate (quoique trop terne), signée Véronique Meignaud. « Le Papillon de Lune », c'est du Vance pur jus : un diplomate terrien résidant sur Sirène doit récupérer un dangereux criminel. Ce dernier lui donnera toutefois moins de fil à retordre que la société très codifiée de la planète : tous ses habitants portent en effet des masques très travaillés pour indiquer leur état d'esprit et ne communiquent qu'en chantant sur des instruments forts compliqués. La richesse d'imagination de Vance explose ici, de même que sa faculté à décrire cette société si différente et ses coutumes étranges. Beaucoup plus étonnant dans l'œuvre de l'auteur, « Personnes déplacées » (publié dans son « Livre d'Or » à l'époque et jamais réédité depuis, allez comprendre pourquoi) est un texte poignant narrant l'émergence soudaine d'un peuple depuis les profondeurs de la terre, dont on ne sait que faire et que tous les gouvernements rejettent. On y verra bien entendu une allusion directe et très transparente à la misère de certains peuples déplacés parce que jugés trop encombrants, problématique éternelle encore d'actualité aujourd'hui, et qui confère une force indéniable à ce récit. Dans « Le Bruit », un homme échoué sur une planète voit celle-ci se parer successivement de différentes couleurs dominantes donnant des atmosphères très variés, contraste rehaussé par les modifications de l'ambiance sonore — de la musique apportée par la brise — du lieu. Cette nouvelle est une merveille de poésie ; dommage que la fin, un peu vieillotte, ne soit pas à la hauteur. « La Princesse enchantée » est une jeune femme aveugle mais à l'imagination débordante, cruellement utilisée par un producteur de cinéma sans scrupule ; on retrouve le principe de l'enquête policière cher à Vance, pour un texte qui se laisse lire malgré là encore une fin particulièrement convenue. Reste « Le Temple de Han » qui, je l'avoue, m'est tombé des mains : il a très mal vieilli.

Au final, Baroudeur (clin d'œil évident à l'aventurier que fut Vance) est une réédition bienvenue de deux classiques vanciens agrémentés de trois récits plus ou moins intéressants, qui plaide nettement pour la publication d'une intégrale raisonnée des textes courts de l'auteur. À défaut, on se procurera en priorité le « Livre d'Or » de Jack Vance (plus disponible en neuf depuis des lustres), ses recueils parus dans la première moitié des années 90 (pas davantage disponibles) ainsi que ceux publiés depuis quelques années par le Bélial' (qui, eux, sont tous les trois disponibles, certains même en poche, chez Folio et Pocket).

Bruno PARA

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