Actualités

Précommande ouverte pour “Le Crépuscule de la Hanse”

Les affaires reprennent ! Nicholas van Rijn et ses compagnons de la Ligue polesotechnique reviennent une dernière fois dans Le Crépuscule de la Hanse. Ce cinquième et ultime volume de la “Hanse Galactique” de Poul Anderson, traduit et présenté par Jean-Daniel Brèque, sortira le 21/01/2021, et la précommande est désormais ouverte…

Prix des lecteurs de Bifrost 2020 : derniers jours

Amis abonnés à Bifrost, l'urne du Prix des lecteurs se referme dimanche soir ! Si vous n'avez pas encore voté, il vous reste encore trois jours pour le faire et départager les textes en lice dans les catégories Meilleure Nouvelle Francophone et Meilleure Nouvelle Étrangère. Vu d'ici, le suspense reste toujours entier…

Prix des lecteurs de Bifrost 2020 : dernière semaine

Amis abonnés, si vous n'avez pas encore voté au Prix des lecteurs de Bifrost, cette semaine est le moment pour le faire ! On referme l'urne le 20 décembre au soir.
À en juger par les bulletins déjà reçus, on voit des tendances se distinguer mais une chose est sûre : ça va être trèèès serré…

“L'Arithmétique terrible de la misère” au Pays de Cave Trolls

« L’arithmétique terrible de la misère est ainsi un très bon recueil de science-fiction montrant une impression d’unité et explorant de nombreuses thématiques très actuelles comme la détérioration du monde du travail, l’écologie, les migrants, les violences féminines. Le tout passé sous une plume acerbe, et un humour noir caractéristique de Catherine Dufour. » Au Pays des Cave Trolls

L'Arithmétique terrible de la misère
L'Arithmétique terrible de la misère

“La Fabrique des lendemains” dans les Chroniques du Chroniqueur

« À travers des récits qui mettent en scène des transhumanités et des posthumanités, des explorations de l’empathie que peuvent ressentir les machines, le rôle des technologies dans les relations amoureuses et dans la fracture sociale, mais aussi les motifs de l’apparition et de la disparition, Rich Larson déploie toute l’étendue de son talent. Il montre toute la richesse des thématiques de la SF contemporaine, dans les futurs qu’elle décrit et les formes d’empathie qu’elle comporte. » Les Chroniques du Chroniqueur

“Vigilance” : l'avis de Grishka

« C’est ce qui fait de Vigilance un roman passionnant autant que dérangeant. Une autopsie d’un corps social encore vivant, pourrissant lentement sous nos yeux. Un rappel que nous sommes tous spectateurs, que nous sommes tous la cible marketing de quelqu’un d’autre, que nous sommes tous… complices, car passifs?? En un mot, un bon coup de pied au cul. » Grishka

“Trop semblable à l'éclair” chez Plume en clair-obscur

« C’est surtout une œuvre de science-fiction intelligente, de celle qui questionne notre temps par le prisme du genre, un véritable OVNI littéraire et explosif qui, pour moi, offre une expérience de lecture inédite, proche de celle que j’ai pu vivre en découvrant Hypérion, de Dan Simmons.
En fait, Trop semblable à l’éclair, c’est bien “un truc de dingue”, éblouissant. Vertigineux. » Plume en clair-obscur

Le Parallaxe Dune part en live le 10 décembre

Le Bélial’ vous donne rendez-vous sur Youtube pour une conférence en direct d’Arrakis (ou pas loin), le jeudi 10 décembre de 19h à 20h30. L’astrophysicien Roland Lehoucq, le paléontologue Jean-Sébastien Steyer et le chimiste Fabrice Chemla nous parleront de Dune, le chef d’œuvre de Frank Herbert, et disséqueront sa créature la plus emblématique : le ver géant des sables. Shai-hulud, sa vie, son œuvre… Un quiz sera organisé lors de cette conférence en ligne, pour tenter de gagner des exemplaires de Dune – exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers  !

 

Dune : l'avis de Lorhkan

« Alors que dire si ce n’est que cette parution de la collection “Parallaxe” est un superbe recueil d’articles (en plus d’être un bel objet joliment illustré par Cedric Bucaille), passionnant de bout en bout et offrant un éclairage complet et remarquablement documenté sur une œuvre qui n’a pas fini de faire parler d’elle et qui s’impose encore aujourd’hui comme un texte majeure du genre SF ? Tout simplement indispensable à tout lecteur cherchant à tirer la substantifique moelle du roman de Frank Herbert. » Lorhkan et les mauvais genres

Sélection Imaginaire du prix Libr'à nous 2021

Joie ! Ce n'est pas un ni deux mais trois titres de la collection Une Heure-Lumière qui figurent dans la sélection Imaginaire du prix Libr'à Nous 2021 !
Vigilance de Robert Jackson Bennett, Le temps fut de Ian McDonald) et La Survie de Molly Southbourne de Tade Thompson (trad. Jean-Daniel Brèque) s'y trouvent en très bonne compagnie.
Rendez-vous en janvier pour l'annonce de la sélection restreinte.

Prix des lecteurs de Bifrost 2020 : encore un mois

Amis abonnés à Bifrost, il vous reste un mois pour voter pour vos nouvelles préférées parues en 2020 dans la revue ! Deux catégories (nouvelles francophones et nouvelles étrangères) et 18 textes à départager. On compte sur vous !
Rendez-vous sur prixdeslecteurs.belial.fr pour les modalités.

Les critiques de Bifrost

La Loterie et autres contes noirs

La Loterie et autres contes noirs

Shirley JACKSON
RIVAGES
16,00 €

Bifrost n° 99

Critique parue en août 2020 dans Bifrost n° 99

Ce livre est la traduction du recueil Dark Tales, duquel ont été retirés cinq textes, mais com­plétée par la plus célèbre nouvelle de Shirley Jack­son, « La Loterie », qui ouvre le volume. Et qui constitue le premier choc, tant la scè­ne initiale de loterie organisée dans un village à l’ambiance plutôt apaisée ne peut laisser prévoir ce qui va se passer ensuite. Plus de soixante-dix ans a­près sa publication dans The New Yorker, où il avait fait scandale pour sa fin sans concession, ce texte n’a rien perdu de sa force. Shirley Jackson s’empare de lieux paisibles, y instille un léger doute, et le laisse croître et mûrir jusqu’à ce qu’il devienne appréhension, puis angoisse, et enfin terreur lorsqu’on s’aper­çoit que de doute, il n’y a plus. Plusieurs textes rassemblés ici obéissent à ce principe, com­me « Les Vacanciers », qui clôt le recueil avec la même force que « La Loterie » l’avait ouvert : un couple de retraités, habitué à aller en vacances dans un coin tranquille, décide pour une fois de prolonger son sé­jour au-delà de sa traditionnelle date de départ ; dès lors, leurs relations avec leurs voisins autochtones se détériorent progressivement, jusqu’à l’iné­luctable et horrible fin. Tragi­que destinée que Jackson a le bon goût de ne jamais dévoiler réellement : on dépasse le stade de l’allusion, l’autrice ne laisse au­cune ambiguïté sur ce qui se passera ensuite, mais conclut avant que la terreur ne devienne visuelle. Un procédé d’une efficacité redoutable : pendant la majorité du texte, la réalité de la menace fait débat, le lecteur espère toujours que les protagonistes s’en sortiront ; Jackson sape peu à peu ces espoirs, prenant au piège ledit lecteur dans la nouvelle… et la fin ne le libérera pas, puisqu’il sait ce qui arrivera aux personnages, et risque fort de voir ensuite son imagination travailler autour de ces scènes atroces. Mais les échéances affreuses ne sont pas obligatoires pour susciter l’anxiété : dans « Louisa, je t’en prie, reviens à la maison », une jeune fugueuse retourne chez elle après une parenthèse de plusieurs années, espérant se réconcilier avec ses parents. Or ces derniers la rejettent, convaincus d’avoir affaire à une usurpatrice…

C’est sans doute aussi pour gagner en effica­cité que Jackson n’emprunte guère au fantastique : très peu de textes de genre ici, comme si user d’un argu­ment non réaliste risquerait d’amoindrir l’effet souhaité ; nul besoin d’aller chercher une créature fantastique quand une femme au foyer qui adore son mari a brusquement des visions où elle tue celui-ci ( « Quelle idée »), quand une septuagénaire qui bichonne ses roses voit ses voisins sombrer dans l’inquié­tude à mesure qu’ils reçoivent des lettres anonymes… qu’elle a elle-même rédigées ( « La Possibilité du mal »), ou quand une jeune fille kleptomane fait peser les soupçons sur d’autres élèves de son pensionnat ( « Trésors de famille »).

La force des textes est également liée au traitement qu’en fait Jackson : délaissant tout second degré, tout humour noir à la Robert Bloch, l’autrice préfère narrer ses contes « À plat » : peu d’émotions, mais pour autant aucune distanciation qui pourrait vite se transformer en satire (une partie du propos est pourtant bien là, dans une critique sociale de l’Amérique du xxe siècle). Non, Jackson reste à proximité de ses personnages, ménage ses effets avec une économie de moyens remarquable : le style est simple, les phrases courtes, et pourtant l’impact sur le lecteur est énorme.

De Shirley Jackson, on connaît surtout La Maison hantée et Nous avons toujours vécu au château, deux splendides romans fantastiques. On aurait tort de passer à côté de La Loterie et autres contes noirs, recueil de textes brefs où le fantastique cède la place au réalisme, mais avec la même ambition de semer tourment et angoisse dans l’esprit du lecteur. Mission réussie.

Bruno PARA

Les critiques de Bifrost

Nous avons toujours vécu au château

Nous avons toujours vécu au château

Shirley JACKSON
RIVAGES
240pp - 8,65 €

Bifrost n° 99

Critique parue en août 2020 dans Bifrost n° 99

Nous avons toujours vécu au château est l’un des chefs-d’œuvre de Shirley Jackson, et son titre évoque par sa référence architecturale celui d’un autre sommet des littératures de l’imaginaire, Le Maître du Haut Château paru lui aussi en 1962. Placé, com­me l’« Opus Majus » de Philip K. Dick, sous le signe à la fois légendaire et gothique du château, le roman de Shirley Jackson partage encore avec lui une même relecture schizoïde du réel. Car c’est un univers entièrement filtré par le point de vue d’une protagoniste à la psyché troublée que concentre Nous avons toujours vécu au château. Le roman a pour narratrice cette « petite folle de Merricat », ainsi qu’est affectueusement surnommée par sa grande sœur Constance, celle qui, en réalité, se nomme Mary Katherine. Âgée de dix-huit ans, elle est, avec son aînée pas tout à fait trentenaire et leur vieil oncle Julian, l’un des derniers occupants de la « maison Blackwood ». Tapie au cœur d’un vaste domaine où l’on a laissé « les arbres etles fourrés et les petites fleurs pousser comme bon leur semblait », la vaste demeure domine un village d’une grise ruralité où Mer­ricat ne se rend pourtant qu’avec répugnance. Les courses hebdomadaires qu’elle doit y faire tiennent, en effet, du chemin de croix. La jeune fille y endure les re­marques perfides des adul­tes ainsi que les moqueries agressives des enfants, lui rappelant le destin étrange et tragique d’une famille dont elle est l’un des ultimes représentants…

Autant d’agressions qui forment la perturbante ouverture de Nous avons toujours vécu au château et qui, traitées sur un mode vé­riste, lui auraient sans doute donné des allures initiales de « Série noire » rurale. Mais, parce qu’ils sont restitués au travers du seul prisme de l’esprit hors-normes de Merricat, ces moments de harcèlement villageois campent plutôt un paysage littéraire sur lequel plane puissamment l’Ange du bizarre. La jeune fille dessine dans le bourg un étrange itinéraire, à la fois ludique et magique : « Quand je faisais les courses, je me livrais à un petit jeu, inspiré de ceux destinés aux enfants où des cases sont disposées en spirale sur un tableau. […] Si la journée était excellente, je faisais une offrande, un peu plus tard, sous la forme d’un bijou. » Mais lorsque le rituel ne fonctionne pas, que les incidents de harcèlement villageois se multiplient, son esprit s’emplit de visions de géhenne, lui représentant ses tourmenteurs « rongés de l’intérieur, recroquevillés par la douleur et poussant des cris affreux ». Une même tonalité sorcière préside à l’évocation par la singulière Merricat de la vie quotidienne dans la maison Blackwood. Constance, « princesse parmi les fées », semble par quelque magie ménagère capable de préserver le lustre de la vaste demeure Blackwood, tout en prodiguant à ses occupants une abondance culinaire discrè­tement miraculeuse. L’aînée de Merricat incarne ainsi une manière de fantastique domestique dont participe encore l’ « excentrique » oncle Julian. Unique survivant du drame qui a fauché la plupart des Blackwood, et dont il se fait l’historien obsessionnel depuis son fauteuil roulant, l’oncle a comme des allures baroques de ressuscité archiviste. D’une bienveillance enchan­teresse pour ses proches (y compris pour son chat Jonas qui aime à lui ra­conter « ses histoires »…), le regard de Merricat mé­tamorphose ceux qu’elle tient pour ses adversaires en autant d’esprits malins. Ainsi en va-t-il de Charles – un lointain cousin venu prendre possession de l’héritage Blackwood –, sous les traits banals du­quel Merricat débusque à la fois « un démon et un fantôme ». Et par qui adviendra la catastrophe précipitant la chute de la maison Blackwood…

D’une force entêtante, l’écriture trans­figure le prosaïque matériau d’une in­trigue criminelle en un fascinant conte moderne, érigeant au bout du compte Merricat et Constance en figures légendaires de l’ère du soupçon psychanalytique. Nous avons toujours vécu au château consacre ainsi Shirley Jackson comme l’une des maîtresses d’un imaginaire conçu comme un formidable outil pour déchirer le réel, en mettant à nu sa texture fondamentalement névrotique.

Pierre CHARREL

Les critiques de Bifrost

Le Cadran solaire

Le Cadran solaire

Shirley JACKSON
POCKET
256pp -

Bifrost n° 99

Critique parue en août 2020 dans Bifrost n° 99

Paru aux États-Unis en 1958, mais édité en France seulement en 1995, Le Cadran solaire est l’antépénultième roman de Shirley Jackson. Précédant donc La Maison hantée (1959) et Nous avons toujours vécu au château (1962), Le Cadran solaire annonce nombre de leurs singulières obsessions, sans toutefois en égaler les fascinantes réus­sites…

À l’instar des deux chefs-d’œuvre de la romancière, Le Cadran solaire inscrit l’essentiel de son récit dans une vaste demeure bourgeoise et son considérable domaine attenant. Formant une sorte d’outre-lieu, la « maison […] se dressait sur une petite élévation de terrain et tout ce que l’on voyait de ses fenêtres appartenait à la famille Halloran. Les terres des Halloran étaient séparées du reste du monde par un mur de pierre qui les entourait complètement, de sorte que tout ce qui se trouvait à l’intérieur appartenait aux Halloran et tout ce qui était au dehors ne leur appartenait pas. » À l’abri de cet espace, sur lequel plane la manie obsidionale, vivent donc les derniers des Halloran et leurs affidés. La famille est dominée par Orianna, la seconde épouse de Richard Halloran, patri­arche déchu par l’âge et la maladie. Devenue matriarcale, la microsociété abritée par la maison Hallo­ran n’en demeure pas moins bourgeoisement hiérarchisée. Elle se partage entre les membres de la famille (Maryjane, la veuve du fraîchement décédé Lionel, le fils de Richard ; sa très jeune fille Fancy ; Fanny, la sœur célibataire de Richard) et un aréopage de domestiques parmi lesquels Miss Ogilvie, la gouvernante de Fancy, ainsi qu’Essex, dissimulant sous un improbable titre de bibliothécaire sa qualité de gigolo…

D’abord en proie à d’ordinaires et néanmoins vives tensions familiales comme sociales évoquant là encore La Maison hantée et Nous avons toujours vécu au château, le très petit monde des Halloran va être confronté à des problèmes d’une nature inédite suite à l’extraordinaire épiphanie de la fille de Richard. De retour d’une promenade matinale dans le domaine Halloran, Fanny déclare en effet avoir rencontré le spectre de son père. L’attendant à proximité du cadran solaire donnant son titre au roman, le défunt fondateur de la dynastie Halloran lui aurait alors révélé la fin prochaine du monde, précisant que seuls ses descendants et leurs fidèles y survivraient. À condition, cependant, que tous se retranchent dans la demeure le jour de la catastrophe. Immédiatement crue, la prophétie de la tante Fanny va métamorphoser la famille Halloran en une sorte de secte millénariste inédite, préparant avec un aplomb très bourgeois l’apocalypse et ses lendemains. Une poignée d’élus va ensuite se joindre à elle, parmi lesquels la jeune Gloria aux talents médiumniques. Talents qu’elle exerce à l’aide d’un miroir transformé en fenêtre ouverte sur le futur, nimbant les angoissantes révélations du spectre paternel d’une aura enchanteresse en décrivant le monde post-armageddon comme un éden verdoyant…

C’est un édifice romanesque à l’architecture narrative d’un éclectisme baroque que bâtit Shirley Jackson avec Le Cadran solaire. Le métissage entre « bons » et « mauvais » gen­res – le roman psychologique pour les uns, les histoires de fantôme et le conte apocalyptique pour les autres – annonce bien évidemment les originales matières de La Maison hantée et de Nous avons toujours vécu au châ­teau. Mais Le Cadran solaire convainc bien moins que ces derniers, prisonnier qu’il est d’une forme trop rigide pour susciter véritablement le trouble. Usant massivement du dialogue comme outil nar­ratif, le roman se mue peu à peu en une pièce de théâtre poussive, trop rarement entrecoupée par quel­ques épisodes d’une réelle puissance visionnaire. S’y ajoutent des références littéraires trop ostensibles (convoquant notamment Chaucer, Walpole ou Carroll) tirant Le Ca­dran solaire du côté d’une entreprise intertextuelle un peu lourde… Trop sage, trop théorique, le roman laisse ses lecteurs et lectrices au seuil de l’au-delà psychique et mystique où s’abîment ses personnages. Coup d’essai plutôt que coup de maître(sse), Le Cadran solaire peut in fine être appréhendé comme une marche – peut-être nécessaire à franchir – vers ces sommets jacksoniens que sont La Maison hantée et Nous avons toujours vécu au château.

Pierre CHARREL

Les critiques de Bifrost

La Maison hantée

La Maison hantée

Shirley JACKSON
RIVAGES
272pp - 8,20 €

Bifrost n° 99

Critique parue en août 2020 dans Bifrost n° 99

Shirley Jackson aura eu pour titre de gloire d’avoir écrit le grand roman moderne d’horreur surnaturelle.

En général, me semble-t-il, l’horreur surnaturelle fonctionne mieux sur de courtes distances. Certes, on peut créer et soutenir une atmosphère d’horreur tout au long d’un roman, mais le caractère surnaturel fait peser une exigence supplémentaire sur l’incrédulité du lecteur moderne. La nouvelle ne laisse pas de place au débat ; en s’appuyant sur le style et sur l’atmosphère, elle noie le rationnel et oblige le lecteur (quand elle est réussie) à ingurgiter sa vision du monde dans un frisson, en une seule gorgée. Lorsque l’auteur parle de choses auxquelles (ostensiblement) nous ne croyons pas, vampires et fantômes par ex­emple, le lecteur accepte d’envisager une réalité différente et d’y croire le temps d’un roman. Cette suspension volontaire de son incrédulité lui permet d’apprécier le livre, mais, en même temps, elle amortit l’intensité de l’expérience : en un sens nous feignons de croire et, par conséquent, nous pouvons seulement feindre d’avoir peur.

Bien qu’elle ait écrit un ro­man qui traite de surnaturel dans le monde moderne et qu’elle se soit adressée à des lecteurs sophistiqués de « littérature générale » à la fin des années 1950, Shirley Jackson ne demandait aucun effort de crédulité particulier ; pas plus que n’en exigeait n’importe quel roman réaliste et psychologique de l’époque. Elle ne postulait au­cun vampire, aucun fantôme, aucune hiérarchie d’esprits malins ; simplement, l’existence de quelque chose qui dépasse notre monde matériel et tangible, et la connaissance de phénomènes psychiques qu’on a pu signaler dans la réalité. Elle écrivait un roman réaliste de caractère – ou plutôt de la désintégration d’un caractère, à mesure que la protagoniste, Eleanor Vance, subit la tension intolérable de la situation. Pourtant, il ne s’agit pas d’un « simple » roman psychologique ; le fait qu’il se déroule dans une maison hantée est absolument crucial. On ne peut pas attribuer les éléments surnaturels à des hallucinations ou aux signes de folie d’un « narrateur subjectif » – La Maison hantée est raconté à la troisième personne, d’une voix froide, élégante et totalement équilibrée ; le décor est un de ces archétypes de mauvais lieux, une maison à laquelle, dès le tout premier paragraphe, sont attribués une personnalité et le statut d’adversaire.

L’idée du roman est venue à Jackson en lisant par hasard le compte rendu des expériences d’un groupe de chasseurs de fantômes au XIXe siècle : « Je l’ai trouvé tellement passionnant que j’ai absolument voulu créer ma propre maison hantée et y placer mes propres personnages, pour voir ce que je pouvais susciter.(1) » Je connais ce genre d’envie, pour m’y être essayée moi-même ; le point de départ de Jackson me semble autrement plus stimulant que celui qu’affectionnait Jane Austen : «trois ou quatre familles dans un village de campagne(2) », et plus dépendant encore du génie de l’auteur pour en tirer un résultat qui mérite d’être lu.

En lisant pour la première fois La Maison hantée lorsque j’étais adolescente, je l’ai trouvé réellement effrayant, à ne pas pouvoir éteindre les lumières, et je l’ai aussitôt classé dans mon panthéon du « vraiment terrifiant », aux côtés de certaines nouvelles de M.R. James, Walter de la Mare et L.P. Har­tley. Comme ces écrivains, Jackson invoque moins la terreur par ce qu’elle dit que par ce qu’elle tait ; par suggestion, plutôt que par explication ; et, chose surprenante, par une absence notable de descriptions. À la différence des noms déjà cités, Jackson était un auteur contemporain. Sa prose ne comporte pas de fanfreluches victoriennes, d’ornementations fin de siècle. En relisant le livre il y a peu, j’ai été particulièrement et favorablement impressionnée par cette absence de descriptif ; je l’ai considérée comme un exemple de ce que Willa Cather appelait le « roman démeublé(3) ». Pour Cather, l’écrivain qui se veut artiste doit renoncer aux catalogues, aux explications, aux peintures minutieuses : s’il y a des « meubles », ils doivent être là pour leur pouvoir émotionnel et pour leur nécessité dans le déroulement de l’histoire. Les recommandations de Cather étaient à peu près contemporaines de la révolte de Hemingway, de Stein et d’autres modernistes contre les romans surchargés d’une précédente génération. Mon admiration accrue pour l’écriture de Jackson tient peut-être à un excédent de best-sellers modernes qui insistent pour décrire ad nauseam tous les détails de leur réalité, avant de permettre l’intrusion d’horreurs encore plus copieusement décrites. Il se trouve que je partage avec Henry James l’idée que l’ima­gination s’effraie davantage de terreurs invisibles que de tout ce que peut décrire un auteur. La Maison hantée de Shirley Jackson est le meilleur argument que je puisse trouver en faveur de cette théorie. Ce livre est une œuvre d’art. Et il reste une des histoires les plus terrifiantes que j’aie jamais lues.

 

Notes :

(1). « Experience and Fiction », conférence prononcée en 1958 et recueillie en volume dans Come Along With Me (1968).
(2). Lettre de Jane Austen à sa nièce le 9 septembre 1814.
(3). « The Novel Démeublé », essai de 1922 recueilli notamment dans On Writing (1949).

Cette critique est © Lisa Tuttle, 1988. Reproduite ici avec l’autorisation de son auteure, elle est initialement parue dans Horror : 100 Best Books, une anthologie d’essais dirigée par Stephen Jones et Kim Newman. Traduite de l’anglais par Patrick Marcel, que nous remercions ici pour nous avoir autorisé à utiliser ladite traduction, elle fut publiée en France une première fois dans Manticora n° 11, 1er trimestre 1993.

Lisa TUTTLE

Les critiques de Bifrost

La Rédemption du temps

La Rédemption du temps

BAOSHU
ACTES SUD
304pp - 22,50 €

Bifrost n° 99

Critique parue en août 2020 dans Bifrost n° 99

Quel statut pour la fan fiction ? Prospérant sur les mailles du réseau, elle peine à trouver sa légitimité une fois imprimée… Il y a quelques années, E. L. James s’est inspirée, avec Cinquante nuances de Grey, de la série « strong>Twilight » de Stephenie Meyer et y a insufflé un peu de sexe, avec le succès public (à défaut de critique) que l’on connaît. De manière plus intéressante, Chloé Delaume a proposé une approche originale avec La Nuit je suis Buffy Summers, un livre dont vous êtes le héros basé sur la fameuse série de Joss Whedon.

Comme beaucoup d’œuvre à succès, la trilogie du « Problème à trois corps » de Liu Cixin n’est pas étrangère à ce phénomène, et c’est ainsi qu’un fan chinois a publié en 2010, quelques semaines après la sortie du dernier volume, La Mort immortelle, un texte qui allait former la base du présent roman.

Le lecteur n’a pas lu la trilogie de Liu Cixin ? Pas de souci, La Rédemption du temps se charge de lui offrir un digest dans sa première partie, au travers du point de vue de Yun Tianming. Personnage secondaire de La Mort immortelle, Yun Tianming vit reclus sur la planète Saphir avec sa compagne AA. Le couple mène un quotidien paisible après les troubles racontés dans les trois volets de la trilogie originelle, quand l’humanité s’est opposée à une invasion extraterrestre a priori inarrêtable. L’un des moyens utilisés pour lutter contre l’ennemi trisolarien a été d’envoyer à ces derniers le cerveau congelé de Yun Tianming – alors un jeune homme atteint d’un cancer incurable –, dans une tentative désespérée de leur tendre un piège. Depuis, Yun Tianming va mieux et a récupéré un corps, merci pour lui. Alors que sa nouvelle vie touche à sa fin, notre protagoniste est contacté par une entité d’ordre quasi divin se faisant appeler l’Esprit, qui le charge de traquer l’Occulte. Cet ennemi insaisissable menace l’existence même de l’univers. Yun Tianming, ayant accédé à un stade d’existence supérieur, arpente ledit univers et, au fil de milliards d’années de quête, il apparaîtra que les choses ne sont (forcément) pas ce qu’elles paraissent.

Drôle de projet que cette prolongation d’une trilogie se suffisant à elle-même. Si les romans de Liu Cixin n’étaient pas dénués de défauts, au moins étaient-ils soutenus par des idées souvent vertigineuses. Ici, Baoshu peine à susciter le même vertige, surtout lorsque l’Esprit s’emmêle dans un charabia quasi-mystique pas du meilleur effet. Narrativement, les choix surprennent : le premier tiers du roman consiste en un résumé de la trilogie, le dernier s’avère flou et elliptique, l’ensemble étant desservi par des dialogues maladroits. Enfin, le clin d’œil conclusif bouclant la boucle était-il nécessaire ? Cette Rédemption du temps ne redorera pas le blason de la fan fiction, mais peut-être ce roman réjouira-t-il tout de même les inconditionnels du «  Problème à trois corps ». Pour notre part, on en doute.

Erwann PERCHOC

Les critiques de Bifrost

Un long voyage

Un long voyage

Claire DUVIVIER
AUX FORGES DE VULCAIN
320pp - 19,00 €

Bifrost n° 99

Critique parue en août 2020 dans Bifrost n° 99

Claire Duvivier est, avec Estelle Durand, l’une des deux éditrices d’Asphalte, maison qui publie des livres du monde entier, avec une prédilection pour l’Amérique du Sud et pour les anthologies de nouvelles noires bâties autour d’une ville (Barcelone, Rome, Paris, Delhi…), mais qui a aussi fait paraître des romans du genre qui nous intéresse ici, notamment les plumes de l’argentin Leandro Ávalos Blacha ou de l’italien Tommaso Pincio. Aujourd’hui, Claire Duvivier passe de l’autre côté, et signe son premier roman au sein de la sympathique entreprise éditoriale cornaquée par le non moins sympathique David Meulemans.

Un long voyage , narré à la première personne par Liesse, démarre lorsque celui-ci est placé par sa mère, une îlienne incapable d’élever seule ses enfants après la mort de son mari pêcheur. Liesse est ainsi lié par un contrat de servage auprès de représentants de l’Empire qu’il accompagne à Tanitamo, une petite bourgade. Ses facultés d’adaptation, son intelligence instinctive, sa connaissance des îles vont faire de lui un précieux allié pour la jeune Malvine, fille de l’empereur et nouvelle régisseuse de l’Archipel. Liesse devient ainsi son second, et lorsque la jeune femme accède au plus haut statut de l’état suite au décès de son père, c’est tout naturellement qu’il l’accompagne à la capitale, Haute-Quaïma. Sans se douter que ce n’est que le début d’une extraordinaire aventure…

Le titre de ce livre, Un long voyage, est bien sûr à prendre au sens propre comme au figuré : nous sommes bel et bien en présence d’un roman d’apprentissage de la plus belle eau, Liesse et Malvine se construisant à mesure qu’ils explorent les facettes du monde. Le lecteur assiste aux événements aux premières loges via le choix d’un « je » narratif très immersif ; une narration subjective qui s’avère aussi, bien entendu, une astuce d’écriture, car pas mal de choses se passent hors de la vue et de la connaissance de Liesse, l’ignorance induite servant de moteur à la progression de l’intrigue et au développement des personnages. Du reste, l’ensemble des protagonistes sont particulièrement travaillés, étoffés par petites touches successives qui font tout autant pour leur construction qu’une longue et soporifique description.

Claire Duvivier a choisi de situer son roman dans un contexte imaginaire. Un univers simplissime de prime abord : un Empire qui tente tant bien que mal de survivre alors que ses frontières se font de plus en plus lâches. Une fantasy sans dragons, sans guerriers, au début sans réel ressort dramatique, mais qui parvient sans problème à maintenir l’intérêt grâce à des personnages remarquablement construits et un style évocateur. Une simplicité de surface, bien entendu, car le monde imaginée par l’autrice recèle bien des mystères – qui éclateront dans la seconde partie du roman, plus dramatique, et feront définitivement basculer Liesse et Malvine dans l’âge adulte.

On ne peut lire Un long voyage sans penser à Ursula Le Guin, celle de « Terremer ». Le livre de Duvivier partage en effet de nombreux points communs avec la saga de l’auteure américaine : l’apprentissage, le décor d’archipel, la volonté d’éviter le sensationnel et de sortir l’artillerie lourde de la fantasy, et enfin, surtout, la puissance d’évocation. Pour un premier roman, il est pire héritage, et sans lui faire l’indélicatesse de la comparer à Le Guin, d’autant plus qu’il n’est pas sûr qu’elle revienne un jour dans son monde de Haute-Quaïma, Claire Duvivier montre déjà une jolie maîtrise de la construction d’un monde imaginaire et du développement de personnages à l’épaisseur évidente. Une bien belle découverte à mettre au crédit des Forges de Vulcain, et une nouvelle auteure à suivre.

Bruno PARA

Les critiques de Bifrost

Le Livre de M

Le Livre de M

Peng SHEPHERD
ALBIN MICHEL
592pp - 24,90 €

Bifrost n° 99

Critique parue en août 2020 dans Bifrost n° 99

Futur proche : un homme perd tout à coup son ombre sur un marché en Inde. Les médias s’emparent de l’affaire, et il s’avère bientôt qu’outre son ombre, la mémoire du pauvre homme a également été endommagée ; de nombreux souvenirs lui manquent. Ce n’est que le début d’une pandémie qui va très vite – en quelques jours – se répandre partout dans le monde sans qu’on comprenne comment elle fonctionne ; s’agit-il d’une contamination, d’une malédiction, d’une expérience qui aurait mal tourné ? Shepherd n’en dira rien. Toujours est-il qu’après l’ombre, la mémoire s’enfuit par tranches. Le roman s’ouvre quelques semaines après le début des événements, alors que Max et Ory se sont réfugiés dans un hôtel après avoir assisté au mariage d’un couple d’amis où ils ont appris l’arrivée de la pandémie sur le sol américain. Or, Max a perdu son ombre, et les deux protagonistes vivent dans l’attente angoissée des premières pertes de mémoire. Incapable de se résoudre à ce que Max la voit dépérir, Ory, profitant de l’absence de son mari parti chercher de la nourriture, décide de s’enfuir. C’est durant sa fuite qu’elle entreprend de s’enregistrer, racontant tout ce qu’elle vit, ses rencontres avec des malades à divers stades. Dans le même temps, fou de douleur, Ory part à sa recherche, mais du mauvais côté… Le récit alterne alors la narration entre Max et Ory et deux autres personnages : Naz, une jeune iranienne venue aux États-Unis pour préparer les JO au tir à l’arc — talent utile dans ce monde apocalyptique –, et un homme sans nom amnésique suite à un accident de voiture que certains docteurs conduiront en Inde à la rencontre du patient zéro.

La force du roman tient à son matériau humain : en dressant le portrait de femmes et d’hommes minés par l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête, épée qui finira inéluctablement par s’abattre, Shepherd fait montre d’une belle empathie pour l’ensemble de ses protagonistes. Sains ou malades diversement atteints, chacun réagit à sa façon, fataliste ou refusant l’adversité, tentant de conserver un optimisme fragile face à l’absence de remède. Les personnages – nombreux – échappent tous à la caricature, et se redéfinissent progressivement par rapport à un constituant majeur de la condition humaine : la mémoire, mouvante, relative, finalement tout sauf acquise dans un contexte évoquant un Alzheimer généralisé. Les scènes — poignantes – de personnages qui comprennent qu’ils ont perdu quelque chose, sans savoir quoi au juste, contrebalancent ainsi une narration d’événements plus conventionnelle qui enfile un certain nombre de passages obligés du scénario d’apocalypse : luttes entre survivants, montée des croyances… Si sur cet aspect Shepherd s’avère moins convaincante, elle a néanmoins une très bonne idée : mâtiner sa pandémie de magie (ou de fantasy, appelez ça comme vous voulez). Ainsi, de temps en temps, de manière aléatoire et imprévisible, les oublis deviennent réalité : une personne oublie qu’un cerf a des bois sur la tête ? Les bois disparaissent et sont remplacés par une paire d’ailes spectrales. Dans d’autres villes, un incendie généralisé se déclare… Cette idée, si elle tient clairement lieu de deus ex machina, offre pourtant un surcroît d’intérêt, quand elle ne relance pas totalement celui-ci. Car il nous faut parler du principal défaut du livre : sa longueur. Sur près de six cent pages on suit Max, Ory, Naz et Celui Qui Rassemble ; c’est beaucoup trop, tant l’autrice peine à maintenir l’attention du lecteur de bout en bout. Raboté d’un tiers, ce livre aurait pu limiter les passages obligés de la chute du monde et conserver intacte la force des personnages, remarquable dès les premières lignes – la preuve du talent naissant de Peng Shepherd. Car oui, il s’agit d’un premier roman, et malgré ses défauts évidents, l’aisance globale de l’autrice impressionne. Reste donc une belle découverte, une nouvelle voix au fort potentiel et qu’on espère relire avant longtemps – en plus court.

Bruno PARA

Les critiques de Bifrost

La Survie de Molly Southbourne

La Survie de Molly Southbourne

Tade THOMPSON
LE BÉLIAL'
128pp - 9,90 €

Bifrost n° 99

Critique parue en août 2020 dans Bifrost n° 99

De la même manière que l’on peut envisager l’existence d’une vie extraterrestre, on doit admettre la possibilité qu’un lecteur de Bifrost ne connaisse pas Molly Southbourne. Cela reste toutefois moins probable que de pécho sous Covid-19 en confinement dans un hôtel Formule 1 réquisitionné pour l’occasion. Mais dans l’éventualité, puisque le présent ouvrage est une suite, rappelons ce qui s’est passé dans Les Meurtres de Molly Southbourne. Depuis son plus jeune âge, Molly génère au moindre saignement des répliques d’elle-même, les « molly », qui cherchent à la tuer. Ses parents lui ont prodigué une éducation spéciale basée sur l’art du combat et ces trois préceptes : « Ne saigne pas. Si tu te vois toi-même, cours. Une compresse, le feu, du détergent.  » Molly a dû se confronter à la vie et aux surprises qu’elle ménage…

Nous la retrouvons donc, sur fond toutefois de changement notable, bien que certaines constantes demeurent. Elle porte un numéro de téléphone tatoué sur le bras qui lui permet de contacter des nettoyeurs l’aidant en cas de crise. Après un grave incident psychotique, Molly vit avec la présence fantôme de ses « gynoïdes », ni clones ni sœurs. Elle va faire la rencontre de Tamara Koleosho, jeune femme d’origine yoruba qui partage la même spécificité : « Je suis comme vous. Quand je saigne, il y a des doubles qui poussent.  » À ceci près qu’elle vit en parfaite harmonie avec ses doubles. Tamara lui permettra de croiser Vitali Ignatiy Nikitovich et d’en apprendre davantage sur sa mère, et partant sur elle-même. Molly va alors devoir redistribuer les rares cartes dont elle dispose, et penser autrement ses alliances…

La Survie de Molly Southbourne a d’entrée l’intelligence de ne pas chercher à reproduire l’effet de surprise initial. Tout en conservant son thème, Thade Thompson en propose une variation, comme on le dirait en musique, qui non seulement ne déçoit pas le lecteur averti, mais conserve et amplifie son intérêt. Tamara apparaît ainsi comme le contrepoint de Molly, davantage préparée à sa condition par son origine yoruba. Rappelons qu’elle est également celle de l’auteur, et que ses particularités ethniques et culturelles la prédisposent à la question du double (cf. notre précédente critique). S’y ajoute une dimension psychiatrique qui enrichit l’ensemble. Sans compter les moments d’actions pures, tels l’exfiltration de Molly par les « tamara  » sous un déluge de balles, ou la transformation de James Down. N’en disons pas plus, sinon que Tade Thompson réussit une nouvelle fois à associer efficacité et réflexion.

D’un récit à l’autre, l’auteur déploie avec cohérence sa narration. En ce sens, on peut tenir le présent texte comme le segment central d’une intrigue en trois parties, qui appelle une résolution. Le moment venu, une reprise en un volume serait d’ailleurs appréciée.

Au terme des précédentes aventures de Molly, on devait admettre qu’il y avait dans l’Imaginaire un avant et un après Tade Thompson. La Survie de Molly Southbourne permet d’affiner : après Tade Thompson, il n’y a que Tade Thompson.

Xavier MAUMÉJEAN

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